La première image est industrielle : cheminées, grues et convoyeurs de l'aciérie dominent le quai où s'amarrent les navires. Puis la navette franchit la grille du port, longe quelques rues ouvrières, et tout change : plages blondes, falaises boisées et une cité côtière détendue apparaissent en quelques minutes. Port Kembla n'est que la porte d'entrée ; la destination s'appelle Wollongong, troisième ville de la Nouvelle-Galles du Sud, coincée entre l'escarpement de l'Illawarra et le Pacifique.
Une arrivée bien organisée
Le port est une zone de travail fermée aux piétons ; des navettes gratuites relient donc le quai au centre de Wollongong, à une quinzaine de minutes. Le système fonctionne en boucle toute la journée, ce qui laisse la liberté d'aller et venir. Sydney se trouve à environ 85 kilomètres au nord, mais l'aller-retour engloutirait la journée : la région offre amplement de quoi occuper l'escale.
Les deux phares de Flagstaff Point
Le front de mer réserve une curiosité que les photographes remarquent aussitôt : deux phares se dressent à quelques centaines de mètres l'un de l'autre, cas rarissime sur le littoral australien. Le petit phare du brise-lames, vert et blanc, garde l'entrée du port de pêche depuis les années 1870, tandis que son grand frère de 1936 domine la pointe gazonnée de Flagstaff Point. Entre les deux s'étire la promenade du Blue Mile, où joggeurs, cyclistes et flâneurs se partagent le sentier face aux rouleaux du Pacifique, pendant que les surfeurs guettent la houle au pied de la pointe depuis l'aube. Les cafés de North Beach servent le petit café australien dans les règles de l'art, à deux pas du sable.
Nan Tien, le temple du paradis du Sud
À une dizaine de minutes en voiture, une silhouette inattendue s'élève au-dessus des eucalyptus : pagodes à huit étages, toits de tuiles ocre et statues de bodhisattvas. Nan Tien, « paradis du Sud » en chinois, est présenté comme le plus grand temple bouddhiste de l'hémisphère austral. Les visiteurs y sont accueillis pour une initiation à la méditation, une calligraphie ou un repas végétarien préparé par les bénévoles. Le calme des jardins, ponctué de bassins de lotus, contraste joliment avec les cheminées de l'aciérie visibles au loin, résumé saisissant de cette région aux multiples visages.
La route qui s'accroche aux falaises
Vers le nord, la Grand Pacific Drive serpente entre océan et forêt pluviale. Son moment fort, le Sea Cliff Bridge, décolle littéralement de la falaise : 665 mètres de tablier suspendus au-dessus des vagues, avec un trottoir d'où l'on guette les dauphins et, en hiver austral, le souffle des baleines à bosse en migration. Plusieurs excursions combinent ce trajet avec un arrêt au belvédère de Bald Hill, où les parapentistes s'élancent au-dessus de la côte. Vers le sud, la petite ville de Kiama et son geyser marin, un évent naturel qui projette l'écume à plusieurs mètres, complètent agréablement un tour de région.
Flâner en ville
Le centre de Wollongong se parcourt aisément à pied depuis l'arrêt de la navette : marché en plein air certains jours, galerie d'art régionale et rues commerçantes occupent une heure ou deux sans effort. Les amateurs de baignade choisiront North Beach ou les piscines d'eau de mer creusées au pied de la pointe, gratuites et très fréquentées des habitants dès les premiers rayons. La galerie d'art régionale, l'une des plus importantes hors des capitales australiennes, expose peinture coloniale et art aborigène contemporain.
Au retour, la navette repasse devant les hauts-fourneaux, et le contraste prend tout son sens : cette escale raconte une Australie ouvrière et balnéaire à la fois, fière de ses phares comme de son acier. On remonte à bord avec l'impression d'avoir rencontré une ville vraie, sans fard, qui gagne à être connue.