Chaque État a son point de départ. Celui du Victoria se trouve ici, sur les rives de Portland Bay, où la famille Henty établit en 1834 la première colonie européenne permanente de ce qui deviendrait l'État le plus densément peuplé d'Australie. Bien avant Melbourne et ses tours, il y eut donc ce rivage balayé par les vents du détroit de Bass, ses baleiniers et ses entrepôts de pierre. La ville d'aujourd'hui, restée modeste, cultive cette antériorité avec une fierté tranquille, et le navire y est souvent seul en escale, luxe devenu rare sur les itinéraires australiens.
Un quai à deux pas du centre
Le port en eau profonde, toujours actif avec ses cargos de grumes et d'aluminium, reçoit les navires de croisière à quelques minutes du centre-ville. Les rues principales se rejoignent à pied ou par une courte navette, et l'office du tourisme du front de mer distribue cartes et conseils avec l'enthousiasme des petites villes qui reçoivent de la grande visite.
La mémoire des baleiniers
Au Maritime Discovery Centre, sur l'esplanade, un squelette complet de cachalot accueille les visiteurs, rappel de l'époque où la chasse à la baleine fit la fortune de la baie. Maquettes, récits de naufrages et instruments de navigation retracent deux siècles d'histoire maritime, y compris le rôle du canot de sauvetage local lors du naufrage de l'Admella, tragédie fondatrice de la côte. L'ironie de l'histoire veut que les baleines franches australes, jadis pourchassées, reviennent aujourd'hui mettre bas dans la baie chaque hiver austral, sous les jumelles des habitants reconvertis en guetteurs bienveillants.
Pierre bleue et tramway du front de mer
Le centre conserve un bel ensemble de bâtiments en pierre bleue, ce basalte sombre typique du Victoria : douanes, tribunaux et cottages du milieu du XIXe siècle y composent des rues au caractère affirmé, et plusieurs de ces vénérables façades abritent désormais cafés et galeries. Un tramway touristique aux voitures d'époque restaurées longe le front de mer en reliant les jardins botaniques, établis dès 1857, au quartier des quais ; le trajet commenté offre une entrée en matière parfaite. Les massifs de dahlias des jardins et leur cottage de gardien en pierre méritent la halte.
Les caps, grandioses voisins
Les environs immédiats réservent les paysages les plus spectaculaires de l'escale. À Point Danger, aux portes mêmes de la ville, une plateforme d'observation surplombe la seule colonie continentale de fous austraux d'Australie : des centaines d'oiseaux blancs y couvent à quelques dizaines de mètres des visiteurs avant de plonger en flèche dans les eaux du large. Au cap Nelson, à un quart d'heure de route, un phare blanc de 1884 se dresse au-dessus de falaises où la houle du Sud vient exploser. Un peu plus loin, le cap Bridgewater réserve une forêt pétrifiée aux formes étranges et une colonie de phoques à fourrure que l'on observe depuis les sentiers du promontoire, concentré de nature sauvage accessible en excursion organisée ou en taxi.
Petites notes pratiques
Le climat du détroit de Bass change vite : superposez les épaisseurs et gardez un coupe-vent à portée de main, même sous le soleil. Les cafés de Percy Street servent de solides déjeuners australiens, et les boutiques d'artisanat local proposent laines et produits de la région. Les observateurs de baleines consulteront le tableau tenu à jour par l'office du tourisme, qui signale les présences du jour dans la baie durant la saison froide.
Au départ, le navire longe une dernière fois les falaises sombres du cap Nelson. Portland n'élève pas la voix ; elle raconte posément le commencement d'un État, entre un squelette de cachalot, des oiseaux plongeurs et des jardins victoriens. Les escales discrètes sont parfois celles dont on reparle le plus au souper du bord.