Quinze minutes de navette maritime suffisent pour passer du navire à l'un des coins les plus méconnus de l'Australie. Thursday Island, que les habitants appellent simplement TI, occupe un îlot du détroit de Torres, entre la pointe du Queensland et la Nouvelle-Guinée. Les paquebots mouillent au large et déposent leurs passagers à la jetée des Ingénieurs, à deux pas du bourg. Dès les premiers mètres, le ton est donné : rues calmes, frangipaniers, vérandas ombragées et une mer turquoise qui s'invite au bout de chaque rue.
Un bourg qui se parcourt à pied
Le centre tient en quelques rues, et tout s'y rejoint à pied : les commerces, un bureau de poste, une pharmacie, des cafés et quatre pubs où l'on croise autant d'insulaires que de voyageurs. Le Grand Hotel, institution locale, sert depuis des générations les équipages de passage, et sa terrasse offre un bon poste d'observation sur le va-et-vient des traversiers entre les îles. L'endroit a longtemps vécu de la pêche perlière, qui attira ici des plongeurs japonais, malais et des îles du Pacifique. Ce brassage se lit encore dans les visages, les églises et les cimetières de l'île. Prendre le temps d'une conversation à l'ombre d'une véranda en apprend souvent plus que n'importe quel musée.
Le fort de Green Hill
Sur la colline qui domine les toits, le fort de Green Hill compte parmi les ouvrages militaires du dix-neuvième siècle les mieux conservés d'Australie. Construit lorsque l'Empire britannique craignait une poussée russe, il a gardé ses canons, ses tunnels et ses salles souterraines, qui abritent aujourd'hui un musée consacré à l'histoire militaire, maritime et perlière du détroit. La montée se fait sans difficulté et la récompense attend au sommet : un panorama complet sur les îles voisines et les chenaux d'un bleu profond qui les séparent.
La culture du détroit de Torres
Au centre culturel Gab Titui, les insulaires racontent eux-mêmes leur monde : masques de danse, coquillages gravés, œuvres contemporaines et objets de cérémonie s'y côtoient dans des salles climatisées. Ces insulaires forment un peuple distinct des Aborigènes du continent, avec leurs langues et leurs traditions propres, et l'endroit constitue la meilleure porte d'entrée pour saisir cette identité. La boutique propose des créations locales qui changent des souvenirs standardisés.
La mémoire du Quetta
Un peu plus loin, l'église commémorative du Quetta rappelle le naufrage qui a marqué l'île : en 1890, ce vapeur heurta un récif inconnu des cartes et sombra en quelques minutes, entraînant la mort de plus d'une centaine de personnes. Des objets repêchés de l'épave sont exposés dans le sanctuaire, dont une cloche et des hublots. Le lieu, sobre et frais, dit beaucoup sur le rapport que cette communauté entretient avec la mer, à la fois gagne-pain et menace.
Repères pour l'escale
| Élément | À savoir |
| Débarquement | Transbordement d'environ 15 minutes vers la jetée des Ingénieurs |
| Fort de Green Hill | Montée à pied depuis le bourg, musée souterrain |
| Centre Gab Titui | Au cœur de la localité, à pied |
| Services | Cafés, pubs, poste et commerces regroupés |
Au retour, pendant que la navette retraverse le chenal, les toits de tôle du bourg s'éloignent derrière les palmiers. Cette escale n'a rien de spectaculaire au sens habituel : elle vaut par sa lumière, par son histoire de plongeurs et de perles, et par la fierté tranquille d'un peuple insulaire qui reçoit sans se transformer. Bien des passagers repartent avec l'impression d'avoir touché un morceau d'Australie que même la plupart des Australiens ne connaissent pas.