Hainburg an der Donau Austria
Austria

Un enfant de six ans franchit un jour les remparts de Hainburg pour y apprendre le chant et le clavecin. Il s'appelait Joseph Haydn, et la petite ville danubienne où il vécut de 1737 à 1740 n'a guère changé de visage depuis : la plus vaste enceinte médiévale intégralement conservée d'Europe centrale enserre toujours ses toits rouges, au pied d'une colline castrale qui surveille le fleuve depuis mille ans. Voilà l'ultime ville d'Autriche avant la Slovaquie, à onze kilomètres à peine de Bratislava.

Sous la porte de Vienne

L'embarcadère se trouve à courte distance du centre, que l'on rejoint à pied. Impossible de manquer l'entrée monumentale : la Wienertor, ou porte de Vienne, passe pour la plus vaste entrée urbaine médiévale conservée d'Europe. Ses tours massives du 13e siècle, hautes d'une vingtaine de mètres, abritent le musée municipal, et son passage voûté impose encore le respect aux automobilistes, qui s'y croisent difficilement. L'enceinte déroule autour du bourg près de deux kilomètres et demi de murailles, jalonnées de tours et percées d'autres portes, dont l'Ungartor côté Hongrie et la Fischertor côté fleuve, par où entraient jadis les pêcheurs.

Entre Rome, Vienne et la Hongrie

Hainburg garde la frontière depuis les Romains : le grand camp légionnaire de Carnuntum, capitale de la Pannonie antique, s'étendait à quelques kilomètres en amont. Au Moyen Âge, la ville fortifiée verrouillait la route du Danube face au royaume de Hongrie; en 1683, l'armée ottomane en route vers Vienne la mit à sac, épisode le plus sombre de son histoire. Les ruelles pavées, la place principale à colonne mariale et l'église paroissiale du 13e siècle témoignent d'une prospérité patiemment reconstruite. Les amateurs d'antiquité pourront pousser jusqu'au parc archéologique de Carnuntum, où des quartiers romains entiers ont été relevés, maisons chauffées et thermes en état de marche; sur la colline voisine du Braunsberg, une palissade celtique reconstituée rappelle des occupants plus anciens encore.

La montée au château

Au-dessus des toits se dressent les ruines du Heimenburg, le château qui donna son nom à la cité. Vingt minutes de sentier en lacets suffisent pour atteindre le sommet du Schlossberg, chaussures fermées recommandées. La récompense compte parmi les plus beaux panoramas de tout le Danube autrichien : le fleuve s'élargit vers les portes de Devín, la tour blanche du château de Bratislava pointe à l'horizon, et par temps clair le regard suit la confluence de la Morava, qui marqua si longtemps la limite entre deux mondes. Pendant la guerre froide, le rideau de fer passait là, à portée de vue des promeneurs. En contrebas s'étendent les forêts alluviales du parc national Donau-Auen, sauvées dans les années 1980 par une mobilisation citoyenne restée célèbre en Autriche, et refuge des castors et des martins-pêcheurs.

Repères pratiques

RepèreCe qu'il faut savoir
AccostageEmbarcadère proche du centre, accès à pied
Wienertor et rempartsEnceinte de 2,5 km, musée dans la porte
SchlossbergMontée d'environ 20 minutes vers les ruines et le panorama
CarnuntumParc archéologique romain à quelques kilomètres, en excursion

Le temps d'un café viennois

Redescendu des hauteurs, on s'attable dans un café de la place, sous les parasols en été, pour une part de strudel tiède, en regardant la vie locale suivre son cours entre les façades pastel. Hainburg compte à peine sept mille habitants; les commerçants saluent les clients par leur nom, et le voyageur de passage profite de cette familiarité tranquille.

En reprenant le fil du Danube, jetez un dernier regard aux murailles. Haydn en garda toute sa vie le souvenir de ses premières leçons de musique; vous en emporterez celui d'une ville qui, depuis les Romains, regarde passer les empires en tenant sa porte. Les frontières s'effacent, Hainburg demeure.