Un chapelet de trente-trois îles posé entre la péninsule arabique et les eaux peu profondes du Golfe : Bahreïn est d'abord une affaire de mer. Son nom même signifie « les deux mers », et pendant des siècles, ses plongeurs en apnée ont remonté des huîtres les perles les plus recherchées du monde. Les navires de croisière accostent au port Khalifa Bin Salman, sur l'île de Muharraq, à environ 13 kilomètres du centre de Manama; navettes et taxis franchissent les ponts en une vingtaine de minutes. Le voyageur, lui, franchit bien davantage : cinq mille ans d'histoire insulaire.
S'orienter depuis le terminal
| Destination | Trajet approximatif | Intérêt principal |
| Centre de Manama et souq | 20 à 30 minutes | Bazar, porte Bab al-Bahrain, vie urbaine |
| Qal'at al-Bahrain | 30 minutes | Site archéologique classé à l'UNESCO |
| Vieille ville de Muharraq | 15 à 20 minutes | Chemin de la perle, maisons traditionnelles |
Le souq derrière la porte
À Manama, tout commence à Bab al-Bahrain, la porte blanche qui ouvre sur le souq. Derrière, un labyrinthe odorant déroule épices, tissus, or et perles naturelles — la spécialité historique de l'archipel, toujours vendue par des négociants qui savent raconter leurs nacres. On marchande sans hâte, on accepte un thé versé de haut, on se perd volontairement dans les allées où les artisans travaillent encore devant leurs boutiques. À quelques rues de là, les tours de verre du quartier financier rappellent que le royaume vit désormais à l'heure de la banque et de la formule 1; ce contraste sans transition est la signature du pays.
Dilmoun, la civilisation retrouvée
À l'ouest de la capitale, le site de Qal'at al-Bahrain superpose 4 500 ans d'occupation humaine sous un fort portugais du XVIe siècle. C'était le cœur de Dilmoun, cette civilisation marchande que les tablettes mésopotamiennes décrivaient comme une terre d'abondance, plaque tournante du commerce entre la Mésopotamie et la vallée de l'Indus. Le tell se parcourt librement, entre murailles dégagées et palmeraies, face à une mer qui fut l'autoroute du monde ancien. Le musée national de Bahreïn, en bord de mer à l'entrée de la capitale, en présente les trésors — sceaux, sépultures, parures — dans une muséographie lumineuse qui compte parmi les plus soignées du Golfe.
Muharraq et le chemin de la perle
Retour sur l'île de l'accostage pour la plus singulière des promenades : le chemin de la perle, inscrit à l'UNESCO, relie dans la vieille ville de Muharraq maisons de négociants, demeures de capitaines et anciens entrepôts liés à l'économie perlière qui fit vivre l'archipel jusqu'aux années 1930. Ruelles blanchies, portes sculptées, tours à vent : on y découvre l'architecture du Golfe d'avant le pétrole, restaurée avec un soin remarquable. C'est le complément naturel du souq — ici, la perle n'est plus une marchandise mais une civilisation.
La grande mosquée
Ceux qui disposent d'une heure de plus pousseront jusqu'à la mosquée Al-Fateh, l'une des plus vastes de la région, dont le dôme de fibre de verre coiffe une salle de prière ouverte aux visiteurs en dehors des offices. Les guides bénévoles y répondent aux questions avec une liberté de ton qui surprend agréablement; tenue couvrante fournie sur place.
Reprendre la mer des perles
Au retour, quand le navire s'éloigne des ponts et que les tours de Manama se fondent dans la brume de chaleur, on repense aux plongeurs d'autrefois, partis des mêmes rivages retenir leur souffle sur les bancs d'huîtres. Bahreïn aura offert une escale à son image : petite par la taille, profonde par les couches — et il est difficile de ne pas se promettre d'y replonger.