Une tour gothique veille sur le canal, quelques platanes, des péniches qui glissent sans hâte : Halle apparaît au voyageur fluvial comme une parenthèse de calme aux portes de Bruxelles. Amarrée sur le canal Bruxelles-Charleroi, la petite cité du Brabant flamand vit depuis des siècles au rythme de deux courants : celui de l'eau, qui relie le nord et le sud du pays, et celui des pèlerins, qui convergent vers sa basilique depuis le Moyen Âge.
Du quai aux premières rues, quelques minutes de marche suffisent. La Grand-Place s'ouvre bientôt, dominée par un hôtel de ville Renaissance aux lignes élégantes et, juste au-dessus, par la masse sombre du sanctuaire qui a fait la renommée de la cité bien au-delà du Brabant.
La basilique Saint-Martin et sa Vierge noire
La basilique Saint-Martin compte parmi les églises gothiques les plus attachantes de Belgique. Depuis des siècles, on y vénère une Vierge noire, statue médiévale dont la légende attribue la teinte aux fumées des cierges et aux combats qu'elle aurait détournés des remparts. Rois, ducs et simples marcheurs sont venus s'agenouiller devant elle, faisant de Halle l'un des grands lieux de pèlerinage marial du pays, où affluaient jadis princes et gens de peu. L'intérieur surprend par la richesse de son trésor : orfèvrerie, sculptures et chapelles rayonnantes récompensent ceux qui prennent le temps d'en faire lentement le tour.
Un centre à taille de promeneur
Autour de la place, les rues commerçantes dessinent un centre compact où il fait bon flâner sans itinéraire précis. Les cafés servent la geuze et la kriek des brasseries de la vallée de la Senne toute proche, fleurons d'une tradition brassicole que les amateurs du monde entier viennent goûter dans la région. Les pâtisseries locales défendent leurs spécialités avec le sérieux qu'on met ici aux choses sucrées, et les terrasses de la Grand-Place se remplissent dès les premiers rayons. C'est une Belgique sans décorum qui s'offre au passager : marchés, façades de brique, conversations qui passent du néerlandais au français sans prévenir.
La forêt aux jacinthes
À la lisière de la cité s'étend le Hallerbos, forêt de hêtres et de chênes de plus de 500 hectares. Chaque printemps, pendant deux ou trois semaines d'avril, son sous-bois se couvre d'un tapis de jacinthes sauvages qui teinte l'horizon forestier de mauve et de bleu. Le phénomène attire photographes et promeneurs de toute l'Europe ; hors saison, les sentiers restent une échappée paisible où chevreuils et écureuils se laissent parfois surprendre au détour des boucles balisées, longues de quelques kilomètres chacune. L'excursion demande un court trajet en taxi ou en autocar depuis le centre, à prévoir selon l'horaire de navigation.
Le génie des canaux
Halle constitue aussi une porte d'entrée vers l'un des patrimoines les plus étonnants de Wallonie : les ouvrages d'art du canal. En poursuivant vers le sud, la voie d'eau franchit le plan incliné de Ronquières, gigantesque rampe à bateaux longue de plus d'un kilomètre, puis rejoint le canal du Centre historique et ses ascenseurs hydrauliques du 19e siècle, classés par l'UNESCO, sans oublier l'ascenseur moderne de Strépy-Thieu, parmi les plus hauts du monde. Plusieurs croisières fluviales font de ces prouesses techniques le fil conducteur de leur itinéraire ; les voir fonctionner depuis le pont d'un bateau reste un spectacle dont on parle longtemps.
Quand les amarres se détachent, la tour de la basilique s'attarde dans le sillage, gardienne d'une cité qui a su rester elle-même à vingt minutes de la capitale. Halle laisse le souvenir d'une escale douce, entre ferveur ancienne et ingéniosité des bâtisseurs de canaux : la Belgique des gens, plus que celle des monuments.