Devant l'hôtel de ville de Mons, un petit singe de fer forgé tend la tête aux passants. On le caresse de la main gauche pour s'attirer une année de bonheur, dit la tradition. Le geste, répété depuis des générations, a poli le métal jusqu'à le faire briller — et il résume bien l'esprit de cette cité du Hainaut : ici, l'histoire ne se regarde pas derrière une vitre, elle se touche.
Du Grand Large au cœur historique
Les bateaux qui sillonnent les canaux wallons font halte au bassin du Grand Large, un plan d'eau de plaisance relié au canal du Centre, en lisière de l'agglomération. Le centre se rejoint en quelques minutes de taxi ou d'autobus, ou à pied pour les bons marcheurs. La montée vers la place principale se fait doucement, par des rues pavées qui annoncent la couleur : Mons est bâtie sur une colline, et chaque virage dévoile un clocher ou un pignon.
La Grand-Place et le beffroi
Cafés et façades des XVe au XVIIIe siècle encadrent la Grand-Place, où trône l'hôtel de ville gothique — et son fameux singe. En grimpant encore, on atteint le sommet de la colline où la tour dresse ses 87 mètres, seul campanile baroque de Belgique, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. Son carillon rythme la journée des Montois, et le jardin qui l'entoure ouvre un panorama sur les toits d'ardoise et la campagne du Borinage.
Sainte-Waudru et le Doudou
Quelques rues plus bas, la collégiale Sainte-Waudru impressionne par son ampleur : un vaisseau gothique du XVe siècle, des vitraux lumineux et des sculptures de Jacques Du Broeucq. On y conserve le Car d'Or, carrosse doré qui transporte les reliques de la sainte chaque année, le dimanche de la Trinité, lors de la Ducasse — le Doudou, fête reconnue par l'UNESCO où saint Georges affronte le dragon devant une foule en liesse. Même hors festivités, le trésor de la collégiale mérite le détour.
Van Gogh et les ascenseurs à bateaux
Selon le temps disponible, deux excursions prolongent la découverte. À Cuesmes, une maisonnette de briques rappelle que Vincent van Gogh vécut dans la région en 1879 et 1880, alors qu'il prêchait auprès des mineurs du Borinage; c'est ici qu'il décida de devenir peintre. De l'autre côté, le canal du Centre aligne ses quatre ascenseurs hydrauliques du XIXe siècle, classés par l'UNESCO, et leur successeur géant de Strépy-Thieu, qui soulève les péniches de 73 mètres d'un seul mouvement. Plusieurs itinéraires fluviaux le franchissent d'ailleurs à bord : le passage, spectaculaire, dure quelques minutes à peine.
Musées et curiosités
La cité cultive aussi ses collections. Le BAM, musée des beaux-arts installé rue Neuve, alterne expositions d'envergure et accrochages plus intimes. À deux rues de là, le Mundaneum conserve l'étonnant projet de deux visionnaires du début du XXe siècle qui rêvaient de classer tout le savoir du monde sur fiches de papier — des millions de fiches, toujours là, alignées dans leurs meubles à tiroirs. On surnomme parfois l'endroit « le Google de papier », et la formule n'est pas volée. Ces haltes se glissent aisément entre la collégiale et le beffroi, le tout tenant dans un mouchoir de poche.
Repères d'escale
| Lieu | Accès |
| Grand Large – place principale | environ 2 km, taxi, autobus ou marche |
| Grand-Place – collégiale et beffroi | 5 à 10 minutes à pied |
| Maison Van Gogh (Cuesmes) | environ 3 km du centre |
| Ascenseur de Strépy-Thieu | une vingtaine de kilomètres |
En redescendant vers l'eau
Au moment de quitter la colline, on jette un dernier regard au beffroi qui dépasse des toits. Mons aura montré ses deux visages : la cité de pierre qui chérit son dragon et son carrosse doré, et le pays d'eau et de charbon qui a vu naître un peintre et des machines hors normes. Le singe, lui, attend déjà la prochaine main gauche.