Des trompes émergent de l'eau brune, l'une après l'autre. Un troupeau d'éléphants traverse la rivière Chobe à la nage, cap sur les herbages de l'île de Sedudu. Le pilote coupe le moteur et laisse le courant porter l'embarcation. Le parc national de Chobe, dans le nord du Botswana, abrite la plus grande concentration d'éléphants d'Afrique, et la rivière qui le longe leur sert de passage quotidien. C'est sur cette eau que se vit l'escale.
Une escale sans quai ni terminal
Ici, aucun débarcadère de béton. Les croisières-safaris, dont le Zambezi Queen et les Chobe Princess, embarquent leurs passagers à Kasane, petite localité posée sur la rive sud, tout près du carrefour de quatre pays. Après les formalités d'immigration, une annexe vient chercher les voyageurs et rejoint le bateau-mère amarré au large. Les navires passent ensuite d'un mouillage à l'autre, à des sites comme Kasai, Elephant Bay ou Leguva, selon le programme de la journée.
Le théâtre des berges
Le rythme s'installe dès les premières minutes. Des hippopotames soufflent entre deux plongées, des crocodiles se chauffent sur les bancs de sable, des buffles descendent boire par centaines quand la chaleur monte. Les girafes, plus prudentes, écartent leurs longues pattes pour atteindre l'eau. En saison sèche, de mai à octobre, les troupeaux convergent vers la rivière et les scènes s'enchaînent sans effort. Les ornithologues, eux, lèvent leurs jumelles vers les guêpiers, les martins-pêcheurs et les aigles pêcheurs; plus de 460 espèces d'oiseaux fréquentent le secteur.
Les petites embarcations, l'atout du lieu
Le bateau principal reste le camp de base. Pour approcher la vie sauvage, on descend dans des embarcations basses et silencieuses qui se faufilent près des berges. À hauteur d'eau, un éléphant qui se douche prend une autre dimension. Les guides connaissent les habitudes de chaque troupeau et savent où attendre sans déranger. La sortie de fin d'après-midi, quand la lumière devient dorée et que les animaux ressortent, demeure le moment le plus recherché de la journée.
Prolonger sur la terre ferme
Depuis Kasane, un safari terrestre d'environ trois heures s'ajoute facilement au programme, tôt le matin ou en fin de journée, quand la faune s'active. Les pistes suivent la rive et révèlent ce que l'eau ne montre pas, des kudus, des impalas, parfois des lions. Autre possibilité, plus ambitieuse, les chutes Victoria se trouvent à environ 80 kilomètres, soit à peu près une heure et demie de route en comptant le passage de la frontière du Zimbabwe. L'aller-retour se fait dans la journée, mais il faut accepter de troquer la quiétude de la rivière contre le grondement du fleuve Zambèze.
| Repère | Distance depuis Kasane |
| Embarquement des annexes | Au bord de l'eau, à Kasane même |
| Entrée Sedudu du parc | Environ 5 km |
| Chutes Victoria (Zimbabwe) | Environ 80 km, 1 h 30 avec la frontière |
Le soir venu
Au coucher du soleil, le ciel vire à l'orange et les hippopotames sortent brouter dans la pénombre. On entend alors la nuit africaine s'installer, grillons, cris lointains, clapotis contre la coque. Le bateau devient un observatoire immobile au milieu du parc, sans clôture ni lumière parasite. Peu d'escales offrent ce privilège de dormir littéralement au cœur d'une réserve animalière.
En remontant à bord après la dernière sortie, chacun garde une image différente, un éléphanteau maladroit dans la boue, un balbuzard en plein piqué, la ligne sombre d'un troupeau sur fond de ciel embrasé. La Chobe ne se raconte pas deux fois de la même façon. Elle donne surtout l'envie tenace de revenir vérifier ce qu'elle réserve au lendemain.