Un troupeau d'éléphants descend vers la rive, soulevant une poussière dorée dans la lumière du soir. Sur l'eau, les bateaux coupent leur moteur et se laissent porter par le courant. Voilà Kasane, aux confins du Botswana, là où quatre pays — Botswana, Namibie, Zambie et Zimbabwe — se frôlent près du confluent de la Chobe et du Zambèze, et où la rivière devient l'un des plus grands théâtres animaliers d'Afrique. Ici, l'escale ne mène pas à des monuments : elle mène aux bêtes sauvages.
Un port d'eau douce au bord de la savane
Kasane sert de base aux croisières fluviales qui sillonnent la Chobe. Les bateaux-hôtels et les embarcations de safari s'amarrent à des pontons le long de la rive, certains côté namibien, ce qui vaut aux passagers un passage d'immigration inattendu dans les bureaux de la petite ville. La bourgade elle-même reste modeste : quelques lodges, des commerces, un marché et des phacochères qui broutent les pelouses comme d'autres villes ont des pigeons.
Le royaume des éléphants
Le parc national de Chobe, dont l'entrée se trouve aux portes de la ville, abrite l'une des plus fortes concentrations d'éléphants du continent : les estimations se comptent en dizaines de milliers. En saison sèche, les troupeaux convergent vers la rivière pour boire, se baigner et traverser à la nage vers les îles herbeuses. Depuis un bateau, le spectacle se déroule à hauteur d'eau : trompes levées, éléphanteaux agrippés à la queue de leur mère, mâles couverts de boue qui barrissent au soleil couchant.
Safari sur l'eau, safari sur terre
La journée type combine deux mondes. Le matin, un véhicule tout-terrain s'enfonce dans le parc à la recherche des lions, girafes, zèbres, buffles et antilopes qui peuplent la rive sud. L'après-midi, place à la croisière : hippopotames par dizaines, crocodiles immobiles sur les bancs de sable, aigles pêcheurs guettant depuis les arbres morts. L'île de Sedudu, tapis d'herbe posé au milieu du courant, concentre buffles et éléphants dans un décor d'une planéité parfaite; ce bout de terre fit même l'objet d'un différend frontalier entre Botswana et Namibie, tranché par la Cour internationale de justice en 1999. Les ornithologues, eux, ne savent plus où donner de la tête : plus de 400 espèces fréquentent le secteur, dont les guêpiers carmins qui creusent leurs nids en colonies dans les berges à la fin de la saison sèche.
Kasane et ses curiosités
Entre deux sorties, la petite ville se laisse explorer sans hâte. Un vieux baobab creux, utilisé autrefois comme cellule de prison, témoigne du passé colonial du district. Les boutiques d'artisanat proposent vanneries et sculptures sur bois du delta de l'Okavango. Et pour qui dispose d'une journée entière, les chutes Victoria ne sont qu'à environ 80 km : plusieurs excursions permettent d'aller admirer, côté zimbabwéen ou zambien, le rideau d'eau le plus célèbre d'Afrique australe.
Avant de partir en safari
- La saison sèche, de mai à octobre, concentre les animaux le long des berges : c'est la meilleure période d'observation.
- Les droits d'entrée du parc sont généralement inclus dans les excursions organisées.
- Prévoyez jumelles, chapeau et vêtements neutres; les matinées peuvent être fraîches en hiver austral.
- Les formalités frontalières entre Botswana et Namibie font partie du quotidien des croisières fluviales : passeport toujours à portée de main.
- Un traitement antipaludéen est recommandé; consultez une clinique du voyageur avant le départ.
Quand le moteur se tait
Le dernier soir, les bateaux glissent face au soleil qui tombe derrière les acacias. Les hippopotames soufflent quelque part dans la pénombre, un aigle pousse son cri clair, et la rivière prend la couleur du cuivre. On repart de Kasane avec cette évidence : sur la Chobe, ce sont les animaux qui sont chez eux, et c'est nous qui passons.