Le moteur du transbordeur est souvent le dernier bruit mécanique de la journée. Sur Ilha Grande, les voitures sont bannies : 193 kilomètres carrés de forêt atlantique protégée, des sentiers, des criques, un seul vrai village. Le navire mouille dans la baie de l'Abraão, entre des collines vert sombre qui tombent dans une mer étale, et les canots déposent les passagers à la jetée de Vila do Abraão. Dès les premiers pas, le ton de l'escale est donné : ici, on avance à pied ou sur l'eau, au rythme de la marée.
Vila do Abraão, des rues de sable
Le bourg s'étire le long de sa propre anse. Des rues de sable tassé, des pousadas aux façades vives, des comptoirs qui pressent le jus de canne, des terrasses où grille le poisson du matin. Tout se trouve à distance de marche : la jetée, les agences de sorties en mer, les boutiques d'artisanat. Une demi-heure de flânerie suffit pour saisir l'esprit des lieux, celui d'une communauté insulaire qui vit de la pêche et de l'accueil, sans klaxons ni feux de circulation. Les collines boisées ferment l'horizon de tous côtés et rappellent que cette poignée de rues n'occupe qu'une infime bordure du territoire.
Lopes Mendes, par la mer puis à pied
La plage la plus réputée du secteur se mérite. Lopes Mendes aligne près de trois kilomètres de sable clair face à des rouleaux prisés des surfeurs. Depuis la jetée, des bateaux-taxis rejoignent la crique de Pouso; un sentier ombragé franchit ensuite une butte, une vingtaine de minutes de marche sous la canopée, avant que la longue courbe blanche n'apparaisse en contrebas. Les marcheurs aguerris peuvent aussi partir du bourg par la forêt, en comptant plusieurs heures aller-retour : un choix à réserver aux escales généreuses en temps. Dans tous les cas, le retour se planifie avant le départ, car les navettes maritimes s'espacent en fin d'après-midi.
La baie en goélette
Les sorties les plus courues durent environ cinq heures et enchaînent les mouillages emblématiques. La Lagoa Azul d'abord, une piscine naturelle aux eaux translucides où les poissons tournent autour des masques de plongée. Le Saco do Céu ensuite, un bras de mer si abrité que la surface y devient miroir. Chaque arrêt laisse le temps de nager, d'observer les fonds ou simplement de rester à bord, à regarder la forêt descendre jusqu'à l'eau. Les agences locales vendent les places le matin même, selon les horaires du navire.
La forêt juste derrière
Derrière la dernière rangée de maisons, la Mata Atlântica reprend immédiatement ses droits. Des sentiers balisés grimpent vers des belvédères et des bassins d'eau douce, dans un concert d'insectes et de chants d'oiseaux. Même une courte incursion donne la mesure du lieu : l'ombre épaisse, les racines qui traversent le chemin, l'humidité qui monte du sol. On revient vers le rivage avec l'impression d'avoir traversé un autre monde en vingt minutes.
Repères pour l'escale
- Débarquement en transbordeur à la jetée du bourg; tout se parcourt ensuite à pied.
- Les liaisons vers les criques se font en bateau-taxi ou en goélette; prévoir des réais en espèces pour les petits commerces.
- Crème solaire, sandales qui tolèrent l'eau et chasse-moustiques rendent la journée plus douce.
Au moment où les canots ramènent les passagers, la baie prend la lumière de fin de journée et les toits s'effacent derrière les mâts des voiliers. Ilha Grande ne retient personne de force. Elle laisse simplement le souvenir d'un monde où l'on marche, où l'on nage, où le temps s'accorde au va-et-vient des vagues; et beaucoup remontent à bord en se promettant d'y revenir avec des heures devant eux.