Avant même l'accostage, Ilhéus a déjà été racontée. Jorge Amado, enfant du pays, a fait de cette ville de Bahia le décor de ses romans les plus lus, à l'époque où le cacao bâtissait des fortunes sur les collines environnantes. Le quai du Porto do Malhado se trouve à environ trois kilomètres au nord du centre; navettes et taxis franchissent la distance en quelques minutes, le long d'une avenue qui suit la mer. La journée qui s'ouvre mêlera, sans jamais se presser, chocolat, littérature et Atlantique.
Entre cathédrale et cabaret
La cathédrale São Sebastião impose sa silhouette claire au-dessus des toits du centre historique, et le musée d'art sacré voisin conserve des pièces remontant au XVIe siècle. À quelques rues de là, le Centro Cultural Bataclan occupe un ancien cabaret-casino des années fastes, quand les « colonels du cacao » venaient y dépenser leurs récoltes. Entre les deux, des rues bordées de bâtiments d'époque, des étals de fruits, des façades patinées par l'air marin : une ville brésilienne de taille moyenne, vivante et sans mise en scène.
Sur les pas de Jorge Amado
Le Bar Vesúvio sert des cafés depuis 1910 sur l'une des places les plus fréquentées du centre. C'est là que l'écrivain avait ses habitudes, et le lieu apparaît dans « Gabriela, girofle et cannelle »; en terrasse, une statue de bronze le représente attablé, et les passants s'assoient à ses côtés le temps d'une photo. S'installer à une table, commander un café ou un chocolat local, regarder la place vivre : peu de villes offrent une entrée en littérature aussi simple. Les amateurs poursuivront vers la maison familiale de l'écrivain, à quelques rues, transformée en lieu de mémoire consacré à son œuvre et à sa jeunesse bahianaise.
Le cacao, de la fève à la tablette
Les excursions vers les fazendas des environs montrent le fruit sur l'arbre, la fermentation, le séchage, puis la dégustation. L'odeur des fèves qui sèchent au soleil reste longtemps en mémoire, autant que le contraste entre la simplicité des plantations et les fortunes qu'elles ont produites. En ville, plusieurs boutiques et fabriques artisanales permettent de rapporter des tablettes locales sans s'éloigner de la cathédrale. Les producteurs de la région ont pris ces dernières années le virage du chocolat fin, et les dégustations comparées, fève par fève, occupent agréablement une fin de matinée.
Face à l'Atlantique
L'avenue Soares Lopes longe la mer jusqu'à une statue du Christ de sept mètres dressée face aux vagues. La promenade se fait au son des cocotiers et des vendeurs d'eau de coco; les familles s'y retrouvent en fin de journée, quand la chaleur tombe et que les terrains de sport s'animent. Plus au sud, la Praia dos Milionários aligne ses sables bordés de palmiers pour qui préfère consacrer l'après-midi à la baignade; les paillotes y servent poissons frits et acarajés, ces beignets de haricots typiques de Bahia.
Repères utiles
- Le cœur de la ville se rejoint en navette ou en taxi depuis le quai; la partie historique se parcourt ensuite à pied.
- Fazendas de cacao : compter une demi-journée avec transport, réservation recommandée via l'excursion du bord ou un guide local.
- Monnaie locale en petites coupures pour les cafés, étals et églises; les grandes boutiques acceptent la carte.
Au retour vers le navire, l'avenue littorale défile avec ses amandiers et ses joueurs de dominos, et il flotte encore un goût de chocolat amer. Ilhéus n'a rien perdu de la matière dont Amado faisait ses histoires : elle continue simplement de les vivre, entre le port, les plantations et l'océan, et l'escale donne envie d'ouvrir un de ses livres dès le retour en cabine.