Deux couleurs se partagent cette ville : le rouge et le bleu. Elles couvrent les lampadaires, les façades, les tricycles et jusqu'aux gobelets des cafés. Bienvenue à Parintins, posée sur l'île de Tupinambarana au milieu de l'Amazone, à mi-chemin entre Manaus et l'embouchure du fleuve. Aucune route n'y mène : on y arrive par les airs ou par l'eau, et les navires de croisière mouillent devant la rive avant d'envoyer leurs annexes vers le petit port.
Une île au milieu du fleuve-mer
Depuis le pont, l'Amazone ressemble ici à une mer couleur de café au lait, si large que la rive opposée se devine à peine. La traversée en annexe dure une dizaine de minutes, le temps d'observer les pirogues chargées de fruits et les maisons sur pilotis qui bordent le rivage. À quai, la ville se donne tout de suite : les rues principales partent de la rive, animées de motos, de charrettes et de haut-parleurs diffusant les refrains des prochaines fêtes.
Le Boi-Bumbá, une rivalité qui fait vivre la ville
Parintins doit sa renommée à l'un des plus grands festivals populaires du Brésil. Chaque année, à la fin de juin, le Festival Folclorico met en scène la légende du bœuf ressuscité, mêlant héritages autochtones, africains et portugais. Deux camps s'affrontent depuis des générations : Garantido, le bœuf rouge, et Caprichoso, le bœuf bleu. Chars monumentaux, tambours, danseurs et effigies géantes s'affrontent trois nuits durant dans le Bumbódromo, une arène construite spécialement pour ce duel. La rivalité structure toute la vie locale : on naît rouge ou bleu comme on hérite d'un nom de famille.
Le spectacle hors saison
Les navires ne passent pas tous en juin, et la ville l'a compris. À proximité du débarcadère, une salle accueille les passagers pour des représentations qui condensent l'esprit du festival : costumes de plumes, percussions, danses et personnages de la légende s'y succèdent dans un tourbillon de couleurs. Les artistes sont ceux-là mêmes qui défilent au Bumbódromo, et leur énergie ne faiblit pas devant un public de croisiéristes. Après la représentation, ils posent volontiers en costume et laissent admirer le travail des ateliers.
Flâner dans les rues rouges et bleues
Au-delà du spectacle, Parintins se parcourt aisément à pied. La cathédrale Nossa Senhora do Carmo domine la place centrale, où les vendeurs proposent jus de cupuaçu et brochettes grillées. Le marché du bord de l'eau déborde de poissons d'eau douce, de farine de manioc et de fruits dont les noms chantent : tucumã, pupunha, açaí. Les ateliers d'artisans vendent des sculptures et des coiffes inspirées du festival, sources de souvenirs qui ne ressemblent à aucun autre. Les tricycles à moteur, taxis locaux, permettent de rejoindre en quelques minutes les quartiers sur pilotis pour saisir la vie quotidienne des riverains de l'Amazone.
Le fleuve comme horizon
Il faut garder un moment pour revenir simplement au bord de l'eau. Les ferries à deux ponts chargent hamacs et marchandises pour Manaus ou Santarém, les hérons patrouillent entre les barques, et l'on prend la mesure d'une évidence : ici, le fleuve tient lieu de route, de marché, de frigo et de place publique. Les habitants de l'île vivent avec ses crues et ses décrues comme d'autres vivent avec les saisons.
Remonter à bord
Au retour, l'annexe s'éloigne d'une rive qui bat encore au rythme des tambours. Rouge ou bleu, chacun repart avec sa couleur en tête et un refrain accroché quelque part. L'Amazone reprend son défilé de troncs et d'îles flottantes, et Parintins retourne à sa double passion, en attendant le mois de juin où tout, de nouveau, se jouera entre deux bœufs.