Le Guaíba est si large qu'on le prendrait pour une mer intérieure. C'est pourtant un plan d'eau douce, et c'est lui qui a fait naître Porto Alegre, capitale du Rio Grande do Sul et porte d'entrée du Brésil des gauchos. Les quais s'étirent le long du centre historique, à quelques centaines de mètres des premiers monuments : rarement une métropole sud-américaine se laisse-t-elle aborder aussi directement.
Du quai Mauá au Mercado Público
En quittant le secteur portuaire, on rejoint presque aussitôt le Mercado Público, un vaste marché néoclassique inauguré en 1869. Sous ses arcades jaunes, les étals débordent de fruits du Sud, de fromages de l'intérieur et de feuilles d'erva-mate, l'herbe du maté que les habitants boivent ici sous le nom de chimarrão. Observer un vendeur remplir sa calebasse d'eau chaude, thermos sous le bras, c'est déjà comprendre une part de l'identité régionale. Quelques comptoirs servent aussi des plats simples, dont le churrasco, la grillade emblématique de l'État.
Le centre historique, à pied
De là, la Rua dos Andradas, artère piétonne surnommée Rua da Praia, traverse le cœur ancien. Elle mène à la Praça da Alfândega, une place ombragée de jacarandas où se font face deux beaux bâtiments du début du XXe siècle, aujourd'hui musées : le Museu de Arte do Rio Grande do Sul et le Santander Cultural, reconnaissable à ses colonnes et à ses vitraux. En grimpant légèrement vers la Praça da Matriz, on découvre la cathédrale métropolitaine à coupole, le palais du gouvernement et le Theatro São Pedro, en activité depuis 1858. L'ensemble se parcourt sans effort en une heure ou deux, au rythme des étudiants et des fonctionnaires qui animent le quartier en semaine.
L'Usina do Gasômetro et la promenade du Guaíba
En redescendant vers l'eau, une haute cheminée de brique signale l'Usina do Gasômetro, une ancienne centrale thermoélectrique de 1928 reconvertie en espace culturel. C'est le point de départ de l'Orla do Guaíba, une longue promenade riveraine réaménagée qui suit la rive sur plusieurs kilomètres. Les habitants y courent, y pédalent et s'y retrouvent en fin de journée, maté à la main, pour un rituel que la municipalité elle-même revendique : regarder le soleil descendre sur l'eau. Le phénomène doit sa réputation à l'orientation de la rive et à la largeur du plan d'eau, qui laissent le ciel s'embraser sans obstacle.
Un détour pour l'architecture
Les amateurs d'architecture contemporaine peuvent pousser jusqu'à la Fundação Iberê Camargo, un musée blanc aux rampes suspendues signé par le Portugais Álvaro Siza, posé face à l'eau au sud du centre. On y présente l'œuvre du peintre gaucho Iberê Camargo et des expositions temporaires. Le trajet en taxi demande une quinzaine de minutes depuis les quais et se combine bien avec la promenade riveraine.
Repères pratiques entre deux découvertes
- Le Mercado Público et la Praça da Alfândega se rejoignent à pied depuis le secteur des quais, en une dizaine de minutes.
- Le cœur de la capitale gaúcha se visite idéalement en semaine, quand commerces et musées sont ouverts; plusieurs institutions ferment le lundi.
- Le réal brésilien est la monnaie locale; les cartes sont largement acceptées, mais un peu d'argent comptant facilite les achats au marché.
- L'après-midi, prévoir de l'eau et un chapeau : l'été austral, de décembre à mars, est chaud et humide.
Au retour vers la passerelle, beaucoup de voyageurs emportent un paquet d'erva-mate ou une calebasse gravée, souvenirs modestes d'une métropole qui ne cherche pas à éblouir. Porto Alegre se raconte dans ses places arborées, dans le bourdonnement de son marché et dans cette lumière de fin de journée que les habitants viennent saluer sur la rive, comme on salue un vieil ami. Ceux qui l'ont vue rougir sur le Guaíba comprennent pourquoi on la surnomme parfois la capitale des couchers de soleil.