L'arrivée se mérite : avant d'atteindre São Francisco do Sul, le navire remonte la baie de Babitonga sur plusieurs milles, entre îlots boisés et eaux abritées, jusqu'à ce qu'apparaisse un front de mer aux maisons basses coiffées de tuiles. Fondée par les Portugais au milieu du XVIIe siècle, la cité compte parmi les plus anciennes du Brésil, et son cœur ancien, protégé par le patrimoine national, a conservé plus de 150 bâtiments de l'époque coloniale. Peu de croisiéristes connaissent son nom en débarquant; rares sont ceux qui l'oublient ensuite.
Un centre historique à hauteur d'homme
Tout se fait à pied. Depuis le débarcadère, les ruelles pavées grimpent doucement entre des façades aux teintes pastel, des balcons de fer forgé et des commerces qui n'ont guère changé de vocation depuis un siècle. L'église matrice Nossa Senhora da Graça domine l'ensemble de sa silhouette blanche; tout près, un musée d'art sacré expose statues et pièces liturgiques venues des paroisses de la région. On flâne sans plan précis, au gré des placettes, en écoutant le portugais chantant du sud du pays.
Le Musée national de la mer
Sur le front de baie, des bâtiments historiques abritent le Museu Nacional do Mar, l'un des plus importants du genre en Amérique latine. Ses salles rassemblent des embarcations traditionnelles venues de toutes les côtes brésiliennes : canots de pêche, voiliers de travail, maquettes et récits de grands navigateurs. Pour une ville née de la navigation, difficile d'imaginer meilleure carte d'identité. Comptez une bonne heure pour en faire le tour, davantage si les choses de la mer vous retiennent. Les groupes scolaires qui s'y pressent en semaine ajoutent leur gaieté aux salles, preuve que la mémoire maritime se transmet ici de génération en génération.
Un plan d'eau comme paysage
Babitonga elle-même vaut qu'on s'y attarde. Des sorties en bateau permettent d'approcher les îlots et, avec un peu de chance, d'apercevoir les dauphins qui fréquentent ces eaux abritées; depuis les quais, on suit simplement le ballet des pêcheurs et des cargos remontant vers le port de commerce. En fin d'après-midi, la lumière rasante dore les façades du front de mer, et la promenade prend des airs de fin de semaine tranquille, même en pleine semaine.
Prendre le temps d'un café
Aux tables installées sur les placettes, on commande un cafezinho serré ou un jus de fruit de la passion, et l'on regarde la vie suivre son cours : livreurs à vélo, retraités aux fenêtres, pêcheurs réparant leurs filets près du débarcadère. Les restaurants du secteur ancien servent poissons du jour et fruits de mer de Babitonga, accompagnés de riz et de farofa; les portions, généreuses à la mode brésilienne, se partagent volontiers. Rien ne presse, et c'est exactement le charme de l'endroit.
Vers les plages de l'île
La municipalité occupe une île, et sa façade océanique aligne des plages ouvertes sur l'Atlantique, dont celle d'Enseada, la plus fréquentée, appréciée pour ses eaux relativement calmes. L'excursion demande un trajet en taxi ou en autocar; elle convient aux escales longues, quand le centre ancien a déjà livré ses secrets. Beaucoup préféreront toutefois rester côté baie, là où bat le cœur patrimonial de la cité.
Une escale pour ralentir
São Francisco do Sul ne figure pas parmi les noms que l'on coche sur une liste; c'est précisément sa force. Ici, pas de monument planétaire ni de foule : des pavés, des tuiles anciennes, une baie paisible et des habitants qui prennent le temps. En larguant les amarres, on regarde le petit front de mer s'éloigner avec le sentiment d'avoir partagé, quelques heures durant, la vie d'une des doyennes du Brésil. Ce genre de rencontre ne s'oublie pas facilement.