Sao Luis Brazil

Des milliers de carreaux de faïence habillent les façades de São Luís, et c'est d'abord cela que l'on vient voir : des murs entiers couverts d'azulejos bleus, verts ou ocre, posés là par les marchands portugais pour protéger leurs demeures de la chaleur équatoriale. La capitale de l'État du Maranhão, fondée par des navigateurs français en 1612 avant de passer sous la couronne portugaise, conserve la plus vaste collection de ces céramiques en Amérique latine. Son centre ancien est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1997.

Depuis le port d'Itaqui

Les navires font escale au port d'Itaqui, une installation industrielle en eau profonde située à l'écart des quartiers anciens. Un transfert en navette, en taxi ou en excursion organisée s'impose donc pour rejoindre le cœur de la cité; la traversée offre au passage un aperçu du quotidien de cette agglomération tropicale, entre marchés de rue et circulation animée. Mieux vaut prévoir l'aller-retour et garder l'essentiel de son temps pour la vieille ville.

Le quartier Reviver, un damier du XVIIe siècle

Le centre historique déploie quelque 3 500 bâtiments anciens sur un plan en damier hérité du XVIIe siècle, entre les rivières Anil et Bacanga. Dans le secteur Reviver, les rues pavées alignent demeures à balcons, boutiques d'artisanat et façades recouvertes de faïence dont les motifs varient d'une porte à l'autre. On monte les escaliers vers la Praça João Lisboa, on redescend vers l'ancienne douane, et chaque perspective compose un tableau différent selon l'heure et la lumière. La chaleur invite à marcher lentement, à l'ombre des murs, un jus de fruit glacé à la main. Les boutiques d'artisans, elles, regorgent de dentelles, de céramiques et d'objets en fibre de buriti façonnés dans l'arrière-pays.

Palais, couvents et points de vue

Sur une hauteur dominant la baie, la Praça Dom Pedro II réunit les édifices du pouvoir, dont le Palácio dos Leões, siège du gouvernement de l'État; ses vieux arbres offrent l'un des meilleurs points d'observation sur la baie qui entoure la péninsule. À quelques rues, le couvent des Mercês ouvre ses galeries aux expositions, tandis que l'église du Desterro et la Casa do Maranhão complètent le parcours culturel. Les collections racontent le métissage de la région : héritages indigène, africain et européen s'y entrecroisent, comme dans la cuisine locale à base de riz, de crevettes et de crabe.

Apprivoiser le climat

Sous cette latitude, la chaleur humide impose son rythme : mieux vaut concentrer la marche en début de journée, prévoir un chapeau et faire des pauses régulières à l'ombre. Les averses tropicales, brèves et spectaculaires, lavent les pavés et ravivent les couleurs des céramiques; les habitués les attendent sous une galerie, le temps d'un rafraîchissement. Cette lenteur obligée n'a rien d'une contrainte, car la vieille ville se savoure justement à petites gorgées, un pâté de maisons à la fois.

Une ambiance qui ne ressemble à aucune autre

São Luís cultive ses particularités : capitale brésilienne née d'un projet français, île de traditions où le reggae s'est enraciné au point de devenir musique locale, ville de légendes et de fêtes populaires hautes en couleur. Il suffit de s'attabler sur une place en fin d'après-midi pour sentir cette identité singulière, faite de nonchalance tropicale et de fierté patrimoniale.

Le dernier regard

En quittant la vieille ville, on emporte des images de faïence luisante après l'averse et de balcons ouvragés au-dessus des pavés. Bien des cités coloniales d'Amérique ont été restaurées jusqu'au vernis; celle-ci vit encore dans ses murs d'origine, avec ses écaillures et sa dignité. C'est ce supplément de vérité qui reste en mémoire quand l'île s'efface derrière le sillage, et qui donne envie de raconter l'escale bien avant les photos.