Entre Vidin et Roussé, les rives bulgares défilent souvent sans arrêt. Quand un bateau s'amarre à Oriahovo, ses passagers découvrent une petite ville bulgare accrochée à ses collines calcaires, face à la plaine roumaine qui s'étend de l'autre côté du fleuve. Environ cinq mille habitants, des rues en pente, des vergers : une escale sans monuments majeurs, qui offre en échange quelque chose de plus rare, une heure de Bulgarie sans mise en scène.
Une ville qui regarde passer le fleuve
Oriahovo vit du Danube et le regarde de haut. Le débarcadère occupe la rive basse, avec ses silos et son embarcadère de traversier; le bourg, lui, grimpe aussitôt. La montée vers le centre récompense l'effort : des points de vue s'ouvrent entre les toits sur le ruban du fleuve, les convois de barges et la rive roumaine, si proche qu'on distingue les clochers de Bechet, la localité d'en face. Le traversier qui relie les deux pays plusieurs fois par jour constitue l'un des rares ponts flottants entre la Bulgarie du Nord-Ouest et la Roumanie; le ballet des camions et des voitures qui embarquent rythme la journée du quai.
Les vestiges de Kamaka
À environ un kilomètre à l'est du bourg, sur un promontoire au-dessus de l'eau, subsistent les vestiges de la forteresse médiévale que les habitants appellent Kamaka, « le rocher ». Les murs arasés demandent un peu d'imagination, mais l'emplacement explique tout : de là-haut, on surveillait le passage du fleuve, frontière et route commerciale depuis l'Antiquité. La marche vers le site, entre acacias et jardins potagers, compose une promenade agréable d'une petite heure aller-retour, avec le Danube en contrebas pour compagnon constant.
Le centre et ses places tranquilles
Le cœur d'Oriahovo aligne les ingrédients de la petite ville bulgare : une place ombragée, une église orthodoxe au clocher patiné, une galerie marchande modeste, un monument aux soldats des guerres passées. Quelques demeures de négociants du début du 20e siècle rappellent l'époque où le commerce du grain enrichissait la rive. Les cafés sortent leurs tables sous les arbres dès les beaux jours, et un lev suffit pour un café turc serré. Le marché matinal, quand il se tient, déborde de tomates, de poivrons et de melons des plaines danubiennes; les vendeuses rendent la monnaie avec le sourire de ceux qui ne voient pas passer beaucoup d'étrangers.
Ce que raconte cette rive
Le Nord-Ouest bulgare demeure l'une des régions les moins visitées d'Europe, et cette discrétion se lit dans le paysage : vignes et tournesols jusqu'à l'horizon, villages qui se dépeuplent, routes calmes. Les croisières qui s'arrêtent ici proposent parfois une excursion vers l'intérieur; les autres laissent simplement le temps d'une flânerie. Renseignez-vous à bord, car l'offre varie beaucoup d'une compagnie à l'autre. De bonnes chaussures et un appareil photo suffisent comme équipement. Les deux formules se défendent, car le lieu lui-même constitue le document : une Bulgarie du quotidien, ni embellie ni triste, qui poursuit sa vie au bord du plus international des fleuves.
Repères pour la halte
- Forteresse Kamaka : environ 1 km à l'est, promenade d'une petite heure aller-retour.
- Monnaie : le lev bulgare; prévoyez des espèces pour le café et le marché.
- Le centre se rejoint à pied depuis le débarcadère, par une montée soutenue.
- Comptez deux à trois heures pour le tour complet : montée, centre, forteresse et retour par les berges.
En larguant les amarres, on emporte d'Oriahovo des images sans éclat apparent, du linge aux fenêtres, un pêcheur sous les saules, le traversier qui repart vers Bechet. Elles tiennent pourtant mieux que bien des panoramas fameux. Le Danube l'a compris depuis longtemps : ce sont ses escales silencieuses qui donnent leur juste valeur aux grandes capitales qui suivent.