Kampong Chhnang Cambodia
Cambodia

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Le nom annonce la marchandise : en khmer, chhnang désigne la marmite de terre cuite, et Kampong Chhnang se traduit sans détour par « le port des jarres ». Depuis des générations, les potières de cette province façonnent les récipients rouges que l'on retrouve dans les cuisines de tout le Cambodge, et les navires qui parcourent la rivière Tonlé Sap font halte ici pour remonter à la source de cet artisanat. L'escale se joue entre l'eau et l'argile, deux matières qui définissent le pays tout entier, et l'approche donne le ton : jacinthes d'eau à la dérive, filets tendus, maisons qui avancent sur pilotis comme des échassiers prudents.

Les villages qui flottent

À quelques minutes de navigation du quai, deux villages entiers vivent sur l'eau : Phoum Kandal vers l'est, Chong Kos vers le nord-ouest. Maisons, épiceries, ateliers de mécanique et enclos à poissons reposent sur des flotteurs qui montent et descendent avec la rivière, au gré d'une saison des pluies qui fait plus que quadrupler la surface du grand lac voisin. Les barques à moteur circulent entre les allées liquides comme des vélos dans une ruelle, les enfants pagaient vers l'école dans des bassines de métal, et les habitants vaquent à leurs affaires sans prêter attention aux visiteurs qui photographient leur quotidien amphibie.

Ondong Rossey, le village des potières

À sept kilomètres du rivage, la route traverse rizières et palmiers à sucre jusqu'à un village où presque chaque maison abrite un atelier. Les petites pièces naissent sur un tour actionné au pied; les grandes jarres, elles, se façonnent debout, à coups de battoir de bois, la potière tournant autour de son ouvrage plutôt que l'inverse. Les motifs sont incisés à la pointe, les cuissons se font sous des meules de paille qui fument dans les cours, et la production part ensuite par charrettes et camionnettes vers les marchés du pays. On regarde, on essaie parfois, et l'on mesure vite l'habileté que demande le geste le plus simple : des mains expertes montent une jarre en quelques minutes, là où le débutant produit une flaque de boue.

Le marché au bord de l'eau

De retour au bourg, le marché riverain déploie ses bâches au-dessus des poissons du lac, des montagnes de riz et des légumes repiqués sur les berges fertiles. Le prahok, cette pâte de poisson fermenté qui est au Cambodge ce que le fromage fort est à d'autres, embaume les allées de son parfum décidé. Les étals de beignets et de bananes grillées permettent une collation sur le pouce, pendant que les cyclomoteurs se faufilent, chargés au-delà du raisonnable. Rien ici n'est apprêté pour le passage des étrangers, et c'est ce qui donne sa valeur à la promenade.

Une capitale discrète de l'eau douce

La rivière Tonlé Sap, qui relie le grand lac au Mékong, présente une particularité unique au monde : son courant s'inverse deux fois l'an, selon que le lac se remplit ou se vide. De cette respiration dépendent des pêcheries qui nourrissent une part considérable du pays, et Kampong Chhnang en constitue l'un des carrefours essentiels, avec ses halles à poisson et ses embarcadères affairés dès l'aube. Le voyageur qui l'ignore verra un port de province; celui qui le sait regarde passer les barques autrement, comme on regarde battre un cœur. Les silhouettes bleutées des reliefs de l'arrière-pays ferment doucement l'horizon, dernier plan d'un tableau que l'escale grave sans effort.

Quand vient le départ, les jarres alignées sur la berge renvoient la dernière lumière du jour. Certaines voyageront jusqu'aux cuisines de Phnom Penh, d'autres traverseront les décennies dans une ferme sur pilotis. L'argile de Kampong Chhnang continue son chemin, comme la rivière qui change de sens sans jamais cesser de couler.