Gananoque ON Ontario Canada

Un chapelet d'îlots de granit rose coiffés de pins, des chenaux qui scintillent entre les rives canadienne et américaine, des demeures centenaires posées sur leur propre île : l'archipel des Mille-Îles compose l'un des paysages fluviaux les plus étonnants du continent. Gananoque, coquette petite ville ontarienne d'environ 5 000 habitants, en constitue la porte d'entrée canadienne, et les bateaux de croisière fluviale qui descendent le Saint-Laurent s'y arrêtent volontiers, le temps d'une journée entre nature et belle époque.

Un front de mer à taille humaine

Les bateaux accostent au bord du centre-ville, et tout se fait à pied. Le secteur riverain a été réaménagé avec soin : promenade au fil de l'eau, parc de la Confédération, quais de plaisance et terrasses face aux îles. Les rues voisines alignent des demeures victoriennes cossues, héritage des industriels du dix-neuvième siècle qui firent fortune dans les moulins et les manufactures au confluent de la rivière Gananoque et du fleuve. Plusieurs de ces résidences arborent tourelles, galeries ouvragées et jardins soignés, et la promenade dans les rues résidentielles vaut à elle seule le détour.

Les musées du fleuve

Deux petites institutions racontent le lieu. Le musée du patrimoine Arthur Child retrace l'histoire de la région, des Premières Nations aux contrebandiers de la prohibition, qui utilisèrent abondamment le labyrinthe des îles pour passer l'alcool vers les États-Unis. Le musée des bateaux des Mille-Îles, installé sur le front de mer, célèbre quant à lui l'âge d'or des embarcations de bois vernis, canots à moteur profilés et yachts d'époque, avec ateliers de restauration visibles. L'un comme l'autre se parcourent en moins d'une heure, ce qui laisse amplement le temps de poursuivre la balade.

Naviguer dans l'archipel

Le grand plaisir de l'escale reste la sortie parmi les îles, qu'elle soit incluse dans l'itinéraire du navire ou offerte par les croisières locales au départ du quai. On y découvre le célèbre chenal des millionnaires et ses résidences d'été extravagantes, des phares posés sur des cailloux à peine plus grands qu'eux et des ponts privés reliant des îlots jumeaux. La règle locale veut qu'une île digne de ce nom compte au moins un arbre ; l'archipel en dénombre, selon ce critère, plus de 1 800. Les capitaines locaux assaisonnent la traversée d'anecdotes sur les excentricités des propriétaires d'hier et d'aujourd'hui, et l'heure passe sans qu'on s'en aperçoive.

Boldt Castle, le rêve inachevé

Sur l'île Heart, côté américain, s'élève le château Boldt, entrepris en 1900 par le magnat hôtelier George Boldt pour son épouse Louise. À la mort de celle-ci, en 1904, il fit cesser les travaux du jour au lendemain et n'y remit jamais les pieds. Restauré depuis, le château se visite ; les passagers désireux d'y débarquer doivent toutefois présenter un passeport valide, l'île étant un point d'entrée officiel aux États-Unis. Beaucoup se contentent de l'admirer depuis l'eau, ce qui suffit à en saisir la démesure romantique.

Une scène sur le quai

Gananoque s'enorgueillit aussi de son théâtre, le Thousand Islands Playhouse, dont les deux salles occupent d'anciens bâtiments riverains, dont un ancien pavillon de canotage. Assister à une représentation dépasse souvent le cadre d'une escale, mais la terrasse du théâtre, les pieds au-dessus de l'eau, vaut le détour à toute heure. Les comptoirs de crème glacée artisanale et les cafés de la rue King complètent agréablement la flânerie, cornet à la main face aux quais.

Quitter l'archipel

En reprenant le fil du fleuve, le bateau se faufile encore longtemps entre les écueils boisés, et chaque passager guette sa dernière île préférée. Gananoque laisse le souvenir d'une escale douce, entre granit rose, bois vernis et histoires de contrebandiers, avec cette pensée persistante : il faudrait revenir un été entier pour faire le tour de toutes ces îles.