Une église blanche au toit pentu, quelques dizaines de maisons dispersées entre les affleurements de roche grise, et la mer du Labrador à perte de vue : Hopedale se mérite. Aucune route ne mène à cette communauté d'environ 600 habitants, capitale législative du Nunatsiavut, le territoire autonome des Inuits du Labrador. Les navires d'expédition qui longent cette côte y font escale pour une raison précise : le plus ancien ensemble de bâtiments de mission encore debout dans l'est du Canada, témoin d'une rencontre de deux mondes commencée il y a près de 250 ans.
Arriver à Agvituk
Le lieu portait déjà un nom bien avant l'arrivée des Européens : Agvituk, « l'endroit des baleines boréales » en inuktitut. Les zodiacs déposent les passagers près du rivage, où les habitants viennent souvent à la rencontre des visiteurs. Le village se parcourt entièrement à pied; tout se trouve à quelques minutes de marche, entre le débarcadère, la mission et les collines qui encadrent l'anse.
La mission morave
En 1782, des missionnaires moraves venus d'Europe centrale établissent ici leur troisième poste sur la côte du Labrador. L'ensemble qu'ils ont bâti, église, résidence, magasins et dépendances reliés en un vaste complexe de bois, a été désigné lieu historique national en 1970. La visite, guidée par des gens de la place, fait entrer dans des pièces où le temps semble s'être arrêté : poêles de fonte, bancs d'église usés par les générations, objets de traite et archives photographiques. On y apprend comment les Moraves ont introduit l'écriture, la musique de cuivres et de nouvelles pratiques commerciales, et comment les Inuits ont intégré, transformé ou contesté cet héritage. Les hymnes chantés en inuktitut, tradition toujours vivante, résument à eux seuls ce métissage.
La capitale du Nunatsiavut
Depuis 2005, les Inuits du Labrador administrent leur propre gouvernement régional, et c'est à Hopedale que siège son assemblée. Le bâtiment de l'Assemblée, d'architecture contemporaine inspirée des formes traditionnelles, surprend dans ce paysage minéral; lorsqu'il est accessible, l'intérieur révèle une salle magnifiquement pensée, où les débats se tiennent en inuktitut et en anglais. La coexistence de cette institution moderne et de la vieille mission donne à l'escale son relief particulier : deux siècles et demi d'histoire se lisent en une seule promenade.
Marcher dans le paysage
Autour du village, les collines de roche nue offrent des points de vue amples sur la côte découpée, les îles et, selon la saison, les icebergs qui dérivent vers le sud. Le paysage n'a rien de spectaculaire au sens habituel; il impose plutôt une échelle, celle d'une côte immense où chaque communauté vit à des heures de bateau de la suivante. Un sentier mène aux hauteurs voisines; les guides locaux indiquent volontiers le chemin. En contrebas, les enfants jouent près des quais, les motoneiges attendent l'hiver devant les maisons, et les cordes à linge claquent au vent : la vie ordinaire du Nord, sans décor aménagé pour le passage des navires.
Repères pour l'escale
- Les visites du site historique s'organisent avec la communauté; les dons soutiennent la préservation des bâtiments.
- L'artisanat local, sculptures, perlage et vêtements traditionnels, s'achète directement des artisans.
- Demander la permission avant de photographier les résidents, comme partout au Nunatsiavut.
- Le terrain est inégal et venteux : bottes de marche et coupe-vent recommandés.
Beaucoup de passagers remontent à bord avec le sentiment d'avoir reçu davantage qu'ils n'ont vu. Hopedale n'aligne ni monuments ni panoramas aménagés; la communauté offre plutôt un témoignage, celui d'un peuple qui a traversé les bouleversements de la colonisation et qui écrit aujourd'hui, dans son propre parlement, la suite de son histoire. Face au large, l'église blanche de 1782 continue de veiller, et son image accompagne longtemps ceux qui l'ont vue.