Un chenal étroit entre la rive nord de la baie Georgienne et une île boisée : c'est là, dans ce couloir d'eau calme, que mouillent les navires en visite à Killarney. Le hameau d'environ 400 habitants s'étire le long du passage, face à ses quais de bois et à ses hangars à bateaux. Fondé en 1820 comme poste de traite des fourrures sous le nom de Shebahonaning, un mot ojibwé désignant justement ce passage sécuritaire pour les canots, Killarney est resté accessible uniquement par bateau jusqu'en 1962, année où la route est enfin arrivée. Cet isolement prolongé explique son caractère : un bout du monde à l'ontarienne, entre granit rose et eaux limpides.
Débarquer au village
Les navires de croisière des Grands Lacs, trop grands pour le petit havre, restent dans le chenal et débarquent leurs passagers en embarcation. On pose le pied à quelques pas de la rue principale, qui se parcourt en une demi-heure : église de bois, magasin général, quelques auberges accueillantes et le va-et-vient des plaisanciers qui font ici une halte réputée de leur périple sur la baie Georgienne. Le phare de Killarney East, posé sur les rochers à l'entrée est du chenal, offre un but de promenade apprécié, avec le large de la baie Georgienne en récompense.
Le repas le plus célèbre du village
Impossible d'évoquer l'endroit sans parler de poisson-frites. Depuis des décennies, un ancien autobus scolaire stationné près du quai sert des filets de corégone pêchés dans les eaux voisines, panés et frits à la commande. Les habitués font parfois la file de longues minutes, cornet à la main, avant de s'installer sur les quais pour manger face aux bateaux. La scène résume l'endroit : simple, savoureuse, sans chichi.
Les montagnes blanches de La Cloche
Derrière les maisons s'élèvent les collines de quartzite blanc de La Cloche, si claires qu'on les prend de loin pour des sommets enneigés. Elles forment l'épine dorsale du parc provincial Killarney, l'un des fleurons du réseau des parcs ontariens, dont les lacs d'un bleu saisissant et les crêtes lumineuses ont inspiré les peintres du Groupe des Sept; leur insistance a d'ailleurs contribué à la création du parc. Selon la durée de l'escale, les excursions permettent une randonnée guidée, une sortie en kayak entre les îles de granit rose ou une simple montée vers un point de vue. Le sentier Chikanishing, près de l'accès George Lake, donne un bel aperçu des rives sculptées par les glaciers.
Sur l'eau et autour
- Kayak et canot se louent sur place ou s'organisent en excursion; les eaux abritées restent calmes.
- Les amateurs de plongée légère apprécient la clarté des eaux de la baie Georgienne.
- Les sentiers du parc exigent de bonnes chaussures; le quartzite est glissant sous la pluie.
- Apporter un chandail : même en été, le vent du large rafraîchit les fins de journée.
Une lumière de peintres
Il faut s'attarder sur les quais en fin d'après-midi, quand le soleil descend sur le passage et que le granit rose s'embrase doucement. On comprend alors ce qui a retenu ici les artistes : la rencontre de trois couleurs franches, le blanc du quartzite, le rose de la pierre, le bleu profond de l'eau. Les photographes du bord rempliront leurs cartes mémoire sans effort.
Au signal du retour, les embarcations glissent une dernière fois entre les rives, saluées par les pagayeurs de passage. Il restera de cette journée des images simples et tenaces : un bourg minuscule, un cornet de poisson-frites, des collines claires posées sur l'horizon. Ceux qui aiment les Grands Lacs savent qu'ils viennent de voir l'un de leurs plus beaux recoins.