Aucune route ne mène à Klemtu. Le village apparaît au détour d'un chenal, une poignée de maisons serrées entre la forêt et l'eau sombre, sur la rive de l'île Swindle. On n'y accède que par bateau ou par hydravion, et c'est exactement ce qui attire les petits navires d'expédition : Klemtu se trouve au cœur de la forêt pluviale de Great Bear, le plus vaste massif intact de ce type au monde, sur la côte centrale de la Colombie-Britannique.
Deux nations, un village
Klemtu est le foyer de la Nation Kitasoo Xai'xais, née de la rencontre de deux peuples distincts au XIXe siècle : les Kitasoo, venus des îles, et les Xai'xais, issus du continent. Quelques centaines de personnes y vivent aujourd'hui de la pêche, de l'aquaculture et d'un tourisme qu'elles ont choisi de développer à leurs conditions. Les visites se déroulent avec des guides de la communauté, et cette rencontre directe donne à l'escale une dimension que peu de destinations peuvent offrir.
La grande maison
Au bord de l'eau se dresse la Big House, la grande maison cérémonielle de la communauté, charpente monumentale de cèdre ornée de motifs traditionnels. C'est ici que battent le tambour et le cœur du village : récits fondateurs, chants et danses y sont partagés avec les visiteurs lors des escales. S'asseoir autour du feu central, écouter les histoires des aînés et regarder les danseurs masqués évoluer dans la pénombre demeure, pour bien des passagers, le moment le plus fort de leur voyage sur cette côte. Les sculpteurs du cru entretiennent les mâts et les façades peintes, et il arrive qu'on les voie travailler le cèdre à quelques pas de là.
Au pays de l'ours esprit
Les forêts environnantes abritent l'un des animaux les plus rares du continent : l'ours Kermode, que les nations de la côte appellent l'ours esprit. Ce n'est ni un albinos ni une espèce distincte, mais un ours noir porteur d'un gène récessif qui blanchit sa fourrure. La communauté exploite un écolodge réputé, Spirit Bear Lodge, et guide les observateurs vers les estuaires où l'animal vient pêcher le saumon à la fin de l'été. Selon la saison et la durée de l'escale, certaines expéditions proposent des sorties en bateau vers ces territoires d'observation.
Une nature à hauteur d'homme
Nul besoin d'ours blanc pour être comblé. Depuis le pont ou le zodiac, on scrute les rives : pygargues à tête blanche perchés sur les épinettes, phoques curieux, loutres, et parfois des baleines à bosse dont le souffle résonne dans les passes. La forêt descend jusqu'à la marée, drapée de mousses, nourrie par des pluies généreuses. Le silence, à peine troublé par le cri d'un aigle, fait partie intégrante du paysage. À marée basse, les rivages découvrent étoiles de mer et balanes, et les guides montrent volontiers les plantes dont la communauté tire nourriture et remèdes depuis toujours.
À savoir avant de descendre
- Les navires mouillent au large ; le débarquement se fait généralement en embarcation légère.
- Les visites culturelles sont encadrées par des guides de la Nation Kitasoo Xai'xais ; leurs indications priment partout.
- Vêtements imperméables et chaussures fermées s'imposent : la pluie fait vivre ces bois.
- Les services sont limités ; il n'y a ni boutiques de souvenirs en série ni réseau garanti, et c'est très bien ainsi.
Repartir autrement
En quittant Klemtu, le navire se faufile de nouveau entre les îles boisées et le village disparaît en quelques minutes, avalé par la forêt. Il en reste une impression tenace : celle d'avoir été reçu chez des gens qui habitent le même territoire depuis des millénaires et qui ont accepté d'en partager un fragment. Sur la côte de la Colombie-Britannique, peu d'escales touchent aussi juste.