Makkovik NL Newfoundland-Labrador Canada

Le zodiac file entre les îlots dénudés, et Makkovik apparaît : quelques dizaines de maisons de couleur posées sur le roc, un clocher, des quais de pêche, et derrière, la toundra qui s'étend jusqu'à l'horizon. Sur la côte nord du Labrador, ce village d'environ 400 habitants appartient au Nunatsiavut, territoire inuit autonome, et ne se rejoint que par mer, par air ou par motoneige l'hiver venu. Les navires d'expédition qui remontent vers l'Arctique y font une halte précieuse, à hauteur d'homme.

Un village né d'une rencontre

Makkovik a été fondé en 1859 par un colon norvégien, Torsten Andersen, établi ici pour faire le commerce des fourrures et la pêche. Autour d'eux s'est développée une communauté métissée d'Inuits et de descendants de colons européens, rejointe à la fin du XIXe siècle par les missionnaires moraves qui ont marqué toute cette côte de leurs églises blanches et de leurs traditions musicales. Les cantiques moraves, chantés en inuktitut, font encore partie de la vie du Nunatsiavut. Cette double racine, inuite et européenne, se lit encore dans les noms de famille, les métiers et les récits des aînés.

Le White Elephant, mémoire du village

Le musée local occupe un grand bâtiment blanc de 1915, construit comme pensionnat et si peu utilisé pour sa vocation première que les résidents l'ont surnommé « l'éléphant blanc ». Le nom est resté. Derrière ses fenêtres à carreaux, plus de 200 objets racontent la vie sur cette côte : outils de chasse inuits, gréements de pêche, journaux des missionnaires moraves, photographies et souvenirs de famille. Les bénévoles qui ouvrent les portes aux passagers connaissent chaque objet par son histoire, souvent parce qu'elle concerne leur propre parenté. La visite se fait sans hâte, au rythme des anecdotes, et personne ne regarde sa montre de part ni d'autre.

La vie au bord de la toundra

Marcher dans Makkovik, c'est voir fonctionner une communauté du Nord : les séchoirs à poisson, les motoneiges qui attendent l'hiver près des perrons, les enfants à vélo qui saluent les visiteurs, les filets étendus près des quais. La pêche à l'omble chevalier et la chasse rythment toujours les saisons. Selon les escales, les résidents accueillent les passagers avec du thé, des beignets frits ou des chants, et les artisanes proposent broderies, mitaines et objets de peau de phoque cousus main.

Une nature immense et discrète

Autour des maisons, les collines de roche nue et les vallons de toundra invitent à de courtes randonnées guidées, entre lichens, chicoutés et épilobes selon la saison. Au large, les icebergs descendent le courant du Labrador au début de l'été, sur cette route que les marins surnomment l'allée des icebergs, et les baleines croisent régulièrement dans les eaux froides. C'est un paysage sans arbres ou presque, d'une beauté sobre, où la lumière fait tout le spectacle. Par temps clair, le soir teinte le granit de rose et d'or, et les photographes ne savent plus où donner de l'objectif.

À savoir pour cette escale

  • Débarquement en zodiac, selon la météo et la houle ; les horaires demeurent flexibles.
  • Vêtements chauds et imperméables indispensables, même en plein été.
  • Les achats d'artisanat se font souvent en argent comptant.
  • Le respect des lieux et des personnes prime : ici, on entre dans un milieu de vie, pas dans une attraction.

Le thé refroidit, le navire attend

Au retour vers le mouillage, chacun se retourne une dernière fois vers les points de couleur posés sur le granit. Ce qui reste de Makkovik tient rarement dans les photos : c'est une conversation avec une aînée, un chant morave repris à quelques voix, le goût d'un beigne encore chaud dans le vent froid. Les grandes escales impressionnent ; celles-ci accompagnent longtemps.