De l'eau douce à perte de vue, des voiliers, des îles boisées par centaines : on se croirait en mer, et pourtant l'océan est à des centaines de kilomètres. Manitoulin, posée entre le lac Huron et la baie Georgienne, est la plus grande île en eau douce du monde, et les navires de croisière des Grands Lacs accostent à Little Current, sa porte d'entrée nord. Pour les Anishinaabés qui l'habitent depuis des millénaires, Mnidoo Mnising est l'île du Grand Esprit ; le visiteur d'un jour comprend vite pourquoi.
Little Current, l'accueil au bord du chenal
Le quai se trouve au pied de la rue principale, et tout le village se parcourt à pied. Water Street aligne boutiques, galeries, casse-croûte et comptoirs de crème glacée face au chenal du Nord, où défilent les plaisanciers. À l'entrée du village, le pont tournant de 1913, longtemps unique lien routier avec le continent, pivote encore pour laisser passer les voiliers : un spectacle d'ingénierie centenaire que les habitants regardent avec une affection intacte.
Le peuple de l'île
Manitoulin compte plusieurs communautés des Premières Nations, et la culture anishinaabée n'y est pas un souvenir : elle se vit au quotidien. À M'Chigeeng, au centre du territoire, la Ojibwe Cultural Foundation rassemble musée, galerie d'art, amphithéâtre et centre de ressources sur la langue ojibwée. Les excursions proposées lors des escales y conduisent souvent, parfois enrichies de danses de pow-wow, de récits traditionnels ou d'ateliers d'artisanat. Les œuvres des artistes d'ici, héritiers de l'école du Woodland, se retrouvent aussi dans les galeries de Little Current. Des pow-wow rassemblent les communautés durant l'été, et il arrive qu'une escale coïncide avec ces célébrations ouvertes aux visiteurs respectueux.
Le sentier Cup and Saucer
À une quinzaine de minutes de route du quai, le sentier Cup and Saucer grimpe vers les plus beaux points de vue de la région. Les falaises calcaires de l'escarpement du Niagara, qui traverse ici le lac Huron, tombent d'environ 70 mètres au-dessus d'une mosaïque de forêts, de fermes et de plans d'eau. Le sentier principal demande un effort modéré et de bonnes chaussures ; la récompense, par temps clair, s'étend jusqu'aux collines de La Cloche, sur la rive nord.
Une île qui se déguste lentement
Le rythme insulaire fait partie de l'expérience. On s'attarde devant les quais de pêche, on goûte le corégone ou la truite des eaux locales dans un restaurant du village, on repart avec un cornet de la crèmerie du coin que l'on savoure sur le quai, les pieds au-dessus de l'eau claire du chenal, et l'on fouille les étals d'artisanat à la recherche d'une paire de mocassins ou d'un capteur de rêves fabriqué sur place. Les routes de campagne mènent vers des fermes, des phares et des villages minuscules où le temps semble avoir ralenti de son plein gré. À Kagawong, à une demi-heure de route, la chute Bridal Veil tombe en voile régulier dans un bassin où les marcheurs viennent se rafraîchir les pieds après la marche.
Suggestions selon la durée de l'escale
- Deux heures : Water Street, le front de mer et le pont tournant, sans transport.
- Une demi-journée : excursion vers M'Chigeeng et la Ojibwe Cultural Foundation.
- Journée entière : ajouter le sentier Cup and Saucer ou une balade sur les routes insulaires.
L'île du Grand Esprit
Au départ, le chenal se referme doucement derrière le navire et l'île redevient une longue ligne verte entre deux bleus. Manitoulin ne cherche pas le spectaculaire ; elle offre autre chose : de l'eau douce à l'infini, une culture vivante et une paix qui gagne les passagers sans qu'ils s'en aperçoivent. Beaucoup notent son nom pour y revenir par la route, un été, afin de vérifier que tout cela existait vraiment.