Un désert qui finit dans l'océan : voilà Boa Vista résumée en une image. Sur cette île orientale du Cap-Vert, les dunes avancent jusqu'aux vagues de l'Atlantique, et le sable semble la matière première de tout le paysage. Les navires mouillent dans la baie de Sal Rei, la petite capitale insulaire, et les chaloupes déposent les passagers à quelques pas des maisons colorées du front de mer. La journée peut alors se partager entre trois mondes : la bourgade, le désert et le rivage.
Sal Rei, la bourgade créole
Sal Rei se parcourt sans hâte. Autour de la place principale, des bâtiments hérités de l'époque coloniale portugaise côtoient des façades peintes de bleu et d'ocre ; le marché propose fruits, poissons et artisanat, et les cafés servent un expresso à la mode capverdienne pendant que les pêcheurs réparent leurs filets sur la grève. La chapelle Notre-Dame-de-Fátima et l'église Santa Isabel ponctuent la trame des ruelles sablonneuses, où le temps s'écoule avec une lenteur assumée. On échange quelques mots en créole ou en portugais, on regarde décharger les barques, et la matinée passe sans qu'on l'ait vue partir.
Le désert de Viana
À l'intérieur des terres, le désert de Viana déploie des ondulations de sable clair piquées de touffes d'herbe dure. Les excursions en véhicule tout-terrain ou en quad, faciles à réserver près du débarcadère à l'arrivée des chaloupes, y mènent en peu de temps ; on coupe le moteur, et le silence prend toute la place. Marcher pieds nus sur une crête de dune, avec l'océan en ligne de mire au loin, procure une sensation que bien des îles tropicales ne connaissent pas : celle d'un Sahara miniature posé au milieu de l'Atlantique. Le vent redessine les formes d'un jour à l'autre, si bien que personne ne voit jamais exactement le même paysage.
Des plages à perte de vue
Le littoral de Boa Vista aligne certaines des plus vastes étendues littorales de l'archipel. Praia de Chaves déroule ses kilomètres bordés de dunes au sud-ouest de Sal Rei ; plus loin, Santa Monica étire une quinzaine de kilomètres de rivage sauvage, sans construction ni ombrage, où l'on marche longtemps sans croiser personne. L'eau garde ici la fraîcheur de l'Atlantique, et les courants demandent le respect : mieux vaut se baigner aux endroits fréquentés et garder un œil sur les drapeaux. Selon la saison, des tortues marines viennent pondre sur ces côtes, et des sorties encadrées permettent d'observer ce rituel avec le respect qu'il exige.
Le vent, les voiles et une épave
La baie de Sal Rei, abritée par un îlot qui casse la houle, offre aux véliplanchistes et aux adeptes de la planche aérotractée un plan d'eau réputé, servi par les alizés constants. Les sorties en catamaran longent la côte à la voile, escale baignade comprise. Les promeneurs, eux, peuvent rejoindre l'épave rouillée du Cabo de Santa Maria, un cargo échoué sur un rivage du nord dont la carcasse rongée de sel est devenue l'un des emblèmes de l'île ; sa silhouette squelettique, posée sur le sable nu, compose une image que l'on n'oublie pas. Entre deux, les bars de plage grillent le poisson du jour à quelques mètres de l'eau, et un verre de grogue, l'eau-de-vie locale, conclut volontiers l'après-midi.
Reprendre la chaloupe
Au moment de rembarquer, le vent porte encore un peu de sable dans les plis des vêtements, comme si l'île tenait à laisser sa signature. Boa Vista n'a ni monuments ni foule : elle a l'espace, la lumière et ce face-à-face permanent entre dunes et océan. Ceux qui aiment les horizons nus savent déjà qu'ils y repenseront souvent.