Aucune capitale ne se mérite autant depuis la mer. Pékin ne possède pas de port : les navires accostent au terminal international de croisière de Tianjin, et près de deux heures trente de route séparent la passerelle de la place Tian'anmen. La journée sera longue, exigeante, et pourtant peu d'escales au monde offrent une telle récompense : marcher dans la Cité interdite ou poser la main sur la Grande Muraille, dans la même vie de croisiériste.

Organiser sa journée avec réalisme

La distance impose des choix, et mieux vaut les faire avant d'arriver. Les excursions vers la capitale durent de huit à neuf heures, dont quatre à cinq sur place ; il faut donc renoncer à tout voir et composer un programme cohérent, réservé de préférence avant l'embarquement. Trois grandes formules dominent, résumées ici :

Formule Ce que l'on découvre
Cœur impérial Place Tian'anmen et Cité interdite, parfois complétées du temple du Ciel
Grande Muraille Une section restaurée hors de la ville, avec le trajet en autocar
Pékin des ruelles Hutongs en cyclo-pousse, tour du Tambour, temple des Lamas

Les passagers qui rêvent des deux premières devront souvent trancher : rempart et palais tiennent rarement dans la même escale. Prévoir de bonnes chaussures, de l'eau et un passeport en règle pour les formalités, quel que soit le choix.

Le cœur impérial

Franchir la porte de la Paix céleste, c'est entrer dans cinq siècles d'histoire chinoise. La Cité interdite aligne ses cours dallées, ses toits vernissés jaunes et ses salles du trône sur près d'un kilomètre du sud au nord ; même au pas de marche, la traversée impressionne par sa démesure, et les détails — lions de bronze, cadrans solaires, gargouilles à tête de dragon — récompensent ceux qui s'attardent. Au sud de la ville, le temple du Ciel dresse sa rotonde de bois bleu profond, chef-d'œuvre des Ming où les empereurs venaient prier pour les récoltes. Ses parcs se remplissent dès l'aube de joueurs de cartes, de calligraphes à l'eau et de danseurs, spectacle qui vaut bien les monuments.

La Muraille, pour ceux qui choisissent l'ampleur

Ceux qui optent pour la Grande Muraille grimperont sur un ouvrage colossal serpentant de crête en crête jusqu'à se perdre dans la brume, image que mille documentaires ne préparent pas vraiment à voir en personne. Les sections aménagées près de Pékin offrent tours de guet, escaliers raides et panoramas de montagnes bleutées ; l'effort demandé varie selon le tronçon retenu par l'excursion, et chacun avance à son rythme. L'émotion d'y poser le pied compense largement les heures d'autocar, et les photos prises des créneaux resteront parmi les plus commentées du voyage.

Entre les monuments, la vie

Quel que soit le programme, les meilleurs souvenirs viennent souvent des interstices : un bol de nouilles avalé dans une ruelle, les cerfs-volants au-dessus des places, les vélos chargés de marchandises improbables, le thé servi brûlant même en plein été. Les hutongs, ces venelles bordées de maisons à cour carrée, se prêtent aux balades en cyclo-pousse et laissent entrevoir un Pékin domestique que les palais ne racontent pas : parties de mah-jong sur le trottoir, cages à oiseaux suspendues aux arbres, parfums de friture au sésame.

Certains itinéraires prévoient deux jours à quai, ce qui change tout : la capitale se laisse alors aborder sans montre au poignet, avec une soirée pour goûter le canard laqué dans une maison réputée. Le retour vers Tianjin s'effectue souvent dans la torpeur du soir, la tête pleine de toits dorés ou de créneaux. Une seule journée ne suffit évidemment pas ; c'est précisément ce que cette escale réussit le mieux : donner l'envie tenace de revenir par la porte des airs, avec du temps devant soi.