Sortez un billet de 20 yuans : le paysage imprimé au verso existe réellement, et c'est ici qu'il se trouve. Les pitons karstiques de la rivière Li, autour de Guilin, comptent parmi les panoramas les plus célébrés de Chine, chantés par les poètes depuis la dynastie Tang. Une escale fluviale dans la région ne ressemble à aucune autre : on n'y accoste pas dans un port au sens classique, on s'y laisse porter au fil d'une eau verte entre des centaines de pains de sucre couverts de végétation.
Guilin, la ville aux osmanthus
Le nom de Guilin signifie « forêt d'osmanthus », et à l'automne le parfum sucré de ces arbres flotte sur toute la ville. Posée entre lacs et collines, la cité offre quelques heures d'exploration agréables avant ou après la navigation. Au bord du lac Shanhu, les pagodes jumelles du Soleil et de la Lune, l'une dorée, l'autre argentée, se reflètent dans l'eau calme et comptent parmi les images favorites des promeneurs du soir. La colline en Trompe d'Éléphant, dont l'arche plonge dans la rivière comme un pachyderme qui s'abreuve, sert d'emblème municipal. Au nord, la grotte des Flûtes de Roseau déploie ses salles de concrétions éclairées, exploitées comme curiosité depuis plus d'un millénaire, ainsi qu'en témoignent les inscriptions anciennes laissées sur ses parois.
Quatre heures au fil de la Li
Le grand moment reste la descente. Les bateaux d'excursion partent des embarcadères en amont, à une quarantaine de minutes du centre de Guilin, et rejoignent le bourg de Yangshuo en quatre à cinq heures de navigation. Le décor évolue sans cesse : bosquets de bambous penchés sur l'eau, buffles au bain, villages aux toits gris, pêcheurs sur leurs radeaux étroits. La pêche au cormoran, pratiquée ici pendant des générations, survit sous forme de démonstrations : l'oiseau plonge, remonte sa prise, et le maître le récompense d'un poisson. Les sommets portent des noms d'images, comme la colline aux Neuf Chevaux, dont la paroi laisse deviner, dit-on, neuf silhouettes de chevaux peintes par la nature. Près de Xingping, la boucle du cours d'eau compose la scène du billet de banque; tout le monde se presse alors sur le pont, et personne ne le regrette.
Yangshuo, l'arrivée au pays des pitons
Le débarquement à Yangshuo plonge dans une petite ville animée, cernée de toutes parts par les aiguilles calcaires. La rue de l'Ouest aligne échoppes et restaurants; les environs immédiats se prêtent à une balade en vélo entre rizières et vergers de pomelos, ou à une pause au bord de la rivière Yulong, plus intime que sa grande sœur. Le retour s'effectue par la route, en une heure et demie environ, à travers un paysage de pitons qui n'en finit pas.
Repères pratiques
| Repère | Ce qu'il faut savoir |
| Embarquement | Embarcadères en amont de Guilin, à environ 40 minutes du centre |
| Durée de la descente | Quatre à cinq heures jusqu'à Yangshuo |
| Scène du billet de 20 yuans | Méandre près de Xingping |
| Retour | Par la route, environ 1 h 30 de Yangshuo à Guilin |
Une leçon de patience géologique
Ce relief improbable est né d'un ancien fond marin calcaire, soulevé puis sculpté par des millions d'années de pluies, un ensemble aujourd'hui inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO au titre du karst de Chine du Sud. L'eau a dissous la pierre, creusé les grottes, isolé les pitons. Les peintres chinois n'ont rien exagéré : la brume qui s'accroche aux sommets au petit matin donne réellement aux paysages cet aspect de lavis suspendu entre ciel et eau.
Au terme de la descente, une impression demeure, celle d'avoir traversé un décor que des générations d'artistes ont tenté de fixer sans jamais l'épuiser. La rivière Li ne se visite pas; elle se contemple, au rythme lent du courant, et ce rythme reste en mémoire longtemps après le retour.