Macau China

Des vagues noires et blanches ondulent sous les pieds : la calçada portugaise, ce pavage de mosaïque apporté de Lisbonne, recouvre les places de Macao jusqu'au pied des enseignes chinoises au néon. Quatre siècles de présence portugaise ont pris fin en 1999, mais ils ont laissé à cette région administrative spéciale de la Chine un centre historique classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, où les églises baroques voisinent avec les temples et les pâtisseries cantonaises. Les navires accostent au terminal maritime de Taipa, au sud de la péninsule; un taxi rejoint le centre ancien en une quinzaine de minutes.

Du Senado aux ruines de São Paulo

Le cœur de la vieille cité bat sur la place du Senado, encadrée d'arcades pastel et de façades néoclassiques. De là, une rue commerçante grimpe en pente douce vers le monument emblème du territoire : la façade des ruines de São Paulo, vestige d'une église jésuite du dix-septième siècle détruite par un incendie. L'escalier monumental, la pierre sculptée de saints et de dragons, la silhouette découpée sur le ciel : toute la cité tient dans ce mélange. Le trajet entre la place et les ruines se fait en cinq minutes de marche, en croisant l'église São Domingos et ses murs jaune crème.

Ruelles, temples et saveurs

Autour de l'axe principal, les ruelles récompensent la flânerie : boutiques de charcuterie sucrée où l'on offre des échantillons de jerky, ateliers de gravure, autels de quartier embaumant l'encens. Les gourmands guettent deux classiques : la tarte aux œufs à la portugaise, caramélisée au chalumeau, et le pain au porc grillé. Cette cuisine macanaise, née du mariage des produits chinois et des recettes lusitaniennes, est considérée comme l'une des premières cuisines métisses au monde — la déguster fait partie intégrante de la visite du centre classé.

L'histoire éclaire ce grand écart. Comptoir concédé aux marchands portugais au milieu du seizième siècle, Macao fut durant des générations la seule porte de l'Europe vers la Chine, plaque tournante de la soie, de l'argent et des missions jésuites. Cette longévité explique la densité du patrimoine sur un territoire minuscule : en une heure de marche, on passe d'un séminaire baroque à un temple dédié à la déesse des marins, d'une maison de thé à une pâtisserie centenaire.

La démesure de Cotai

Changement complet de décor au sud : sur les terres gagnées entre les îles de Taipa et Coloane, le quartier de Cotai aligne des complexes de jeu qui ont valu à l'ancienne colonie le surnom de Las Vegas de l'Asie. Canaux vénitiens sous ciel peint, tour Eiffel de poche, salles de spectacle : même sans miser un yuan, le spectacle architectural vaut le coup d'œil, d'autant que ces complexes se trouvent à courte distance du terminal de croisière. On peut donc terminer l'escale par cette Asie du superlatif avant de remonter à bord.

Conseils d'escale

  • Monnaie : la pataca, mais le dollar de Hong Kong circule partout
  • Langues : cantonais et portugais officiels, anglais courant dans le tourisme
  • Trajet terminal–centre historique : environ 15 minutes en taxi
  • Prévoir des chaussures adaptées aux pavés et aux montées

Deux mondes, une presqu'île

Peu d'escales offrent un tel grand écart en quelques kilomètres : le matin sous les azulejos d'une église portugaise, l'après-midi dans le plus grand casino de la planète. Macao déroute et amuse, mais elle touche aussi, par la ténacité de sa mémoire lusitanienne au bord de la mer de Chine. En quittant le quai de Taipa, on repense aux vagues de pierre de la calçada : deux cultures qui roulent l'une sur l'autre depuis quatre cents ans, sans jamais tout à fait se confondre.