Les Chinois ont un proverbe pour situer Suzhou : au ciel le paradis, sur terre Suzhou et Hangzhou. Voilà qui annonce les ambitions de cette cité du bas Yangtsé, capitale de la soie et des jardins classiques, sillonnée de canaux depuis vingt-cinq siècles. Les croisiéristes la rejoignent généralement en excursion depuis Shanghai, dont elle est voisine, ou lors des itinéraires fluviaux de la région du delta. Une journée y passe vite, tant la ville concentre de raffinement au mètre carré.
Les jardins classiques, un art du monde en miniature
Les jardins de lettrés, inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO, constituent la grande affaire de l'escale. Le jardin de l'Humble Administrateur, le plus vaste, déploie étangs, pavillons et galeries couvertes dans une composition d'une précision d'horloger. Le jardin du Maître des Filets, minuscule en comparaison, prouve qu'un chef-d'œuvre tient parfois dans une cour. Chaque fenêtre découpe un paysage voulu, chaque rocher évoque une montagne. Ces lieux enseignaient l'harmonie aux lettrés; ils l'enseignent encore aux voyageurs pressés.
Pingjiang, la rue qui longe les siècles
La rue Pingjiang suit son canal bordé de maisons blanches aux toits de tuiles grises, dans le quartier ancien le mieux préservé de la cité. On y marche entre échoppes de thé, ateliers de calligraphie et ponts de pierre arrondis, pendant que les barques glissent au fil de l'eau verte. Le quartier se savoure tôt le matin, quand les habitants font leurs courses et que les livraisons du jour passent de main en main. Les ruelles adjacentes cachent des maisons de thé où l'on écoute parfois le pingtan, chant conté local accompagné du luth, art délicat né précisément dans ces quartiers.
La colline du Tigre et la soie
Au nord-ouest du centre, la colline du Tigre porte une pagode millénaire dont l'inclinaison marquée lui vaut le surnom de tour penchée de la Chine. Le site, planté de bambous et de vieux arbres, ménage des points de vue apaisants sur les toits de la ville. La cité reste aussi la capitale historique de la soie : ses ateliers montrent le dévidage des cocons et le tissage, avant de vous tenter avec foulards et brocarts; les prix se discutent, gentiment. Difficile de repartir les mains vides d'une ville qui habillait les empereurs.
Repères pour l'escale
| Repère | Ce qu'il faut savoir |
| Accès | Le plus souvent en excursion depuis Shanghai ou les itinéraires du delta du Yangtsé |
| À voir | Sites classés UNESCO, rue Pingjiang, colline du Tigre, ateliers de soie |
| Sur l'eau | Balades en barque sur les canaux et le Grand Canal |
| À prévoir | Chaussures confortables; les sites se parcourent à pied |
Le Grand Canal, artère impériale
Le Grand Canal a fait la fortune locale : cette voie d'eau creusée sous les dynasties pour relier le sud rizicole à la Chine du Nord demeure la plus longue jamais construite par l'homme. Des balades en bateau parcourent ses berges anciennes et le réseau qui irrigue la vieille ville. Vu de l'eau, Suzhou révèle son visage le plus fidèle : linge aux fenêtres, escaliers de pierre descendant vers les barques, vieilles dames triant les légumes au bord du courant. La Chine des manuels scolaires prend soudain chair.
L'élégance en héritage
En fin de journée, quand les groupes se dispersent et que les lanternes s'allument le long des canaux, Suzhou retrouve la mesure qui a fait sa réputation. Les jardins ferment leurs portes rondes, les barques rentrent, le thé refroidit dans les tasses. On repart avec le sentiment d'avoir feuilleté un album de peinture chinoise, et avec une certitude : les lettrés qui choisirent ces lieux pour y prendre leur retraite savaient exactement ce qu'ils faisaient. Le lendemain, Shanghai paraîtra soudain bien pressée.