Des notes de piano s'échappent parfois des villas d'un îlot où aucune voiture ne circule : Gulangyu donne le ton de l'escale à Xiamen. La grande cité du Fujian, posée sur sa propre île face au détroit de Taïwan, cultive une douceur subtropicale faite de banians, d'arcades ombragées et de thé oolong. Son surnom d'« île aux aigrettes » se vérifie d'ailleurs vite : ces grands oiseaux blancs hantent les rivages et figurent sur les emblèmes de la municipalité. Les navires accostent au terminal du secteur Dongdu, à environ trois kilomètres du centre, et les embarcadères des traversiers se trouvent dans le même secteur : la journée s'organise presque toute seule.
Gulangyu, l'île aux pianos
Huit minutes de traversée suffisent pour changer d'époque. Ancien règlement international, Gulangyu a conservé consulats, églises et villas de négociants aujourd'hui inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO ; on y circule uniquement à pied, dans des ruelles où les bougainvilliers débordent des murs de granit. Ces demeures racontent la fortune des marchands chinois d'outre-mer revenus au pays au début du siècle dernier, et plusieurs se laissent admirer depuis leurs jardins entrouverts. L'îlot a donné à la Chine nombre de ses pianistes, et le jardin Shuzhuang, aménagé en terrasses au bord de l'eau, abrite un musée du piano réputé ; un musée de l'orgue occupe pour sa part une villa à coupole rouge visible de loin. Partez tôt : les premières heures offrent les venelles les plus calmes, avant l'arrivée des excursionnistes de la journée.
Le rocher du Soleil
Au centre de l'îlot, le rocher du Soleil en marque le point culminant. La montée emprunte des escaliers taillés entre les blocs, et le sommet embrasse toute la rade : toits de tuiles rouges en contrebas, gratte-ciel de Xiamen en face, îles du détroit à l'horizon. En redescendant, la rue Longtou aligne ses comptoirs de casse-croûte, jus de mangue, nouilles sautées et beignets d'huître, dans un joyeux désordre d'odeurs et de haut-parleurs.
Zhongshan et ses arcades
De retour sur la grande île, la rue piétonne Zhongshan déroule ses immeubles qilou, ces façades à arcades héritées des marchands d'outre-mer, qui permettent de magasiner à l'abri du soleil comme des averses. Les étages pastel, sculptés de balustres et de corniches, méritent qu'on lève les yeux au-dessus des enseignes ; les ruelles adjacentes cachent des maisons de thé où l'oolong des montagnes voisines se déguste en gestes précis. Les gourmands guetteront aussi les bols de nouilles à la pâte d'arachide grillée, une spécialité du Fujian que les habitants avalent à toute heure, et la soupe sucrée aux arachides servie en dessert.
Nanputuo et le campus
Au sud, le temple Nanputuo adosse ses pavillons à une colline de granit ; moines, étudiants et pèlerins s'y croisent dans l'odeur d'encens, et un sentier grimpe entre les rochers gravés vers une vue dégagée sur la mer. Le sanctuaire voisine avec le campus de l'Université de Xiamen, réputé parmi les plus verdoyants du pays, dont les allées bordées de palmiers descendent vers une plage municipale. L'ensemble compose une fin d'après-midi paisible avant de regagner le bord.
Repères pour l'escale
| Site | Distance du quai | Accès |
| Île de Gulangyu | Embarcadères voisins du terminal | Traversier |
| Rue Zhongshan | Environ 3 km | Taxi ou autobus |
| Temple Nanputuo | Environ 6 km | Taxi |
Au départ, la silhouette de l'île aux pianos glisse lentement le long de la coque, ses villas à demi cachées dans la verdure. On garde en tête une mélodie entendue derrière un mur de jardin, le parfum du thé et la fraîcheur des arcades, avec l'envie d'y revenir un matin de semaine, quand l'îlot, encore endormi, appartient tout entier à ses pianos et à ses aigrettes.