Xian Wei River, China

Huit mille soldats d'argile montent la garde dans la plaine de la rivière Wei, loin au nord du Yangzi : Xi'an constitue l'extension terrestre classique des croisières fluviales, et elle se vit comme un voyage dans le voyage. On quitte le bord à Chongqing ou à Yichang, un vol intérieur ou un train à grande vitesse plus tard, l'ancienne Chang'an ouvre ses portes, et une ou deux nuits d'hôtel remplacent la cabine. Le détour se justifie sans peine : peu de villes au monde concentrent autant d'histoire au mètre carré. Le dépaysement joue aussi : après les gorges et l'eau brune du fleuve, voici la lumière sèche du Nord, les kakis mis à sécher sur les murets et l'accent rocailleux du Shaanxi.

L'armée enterrée de l'empereur

À une quarantaine de kilomètres à l'est du centre, près de Lintong, des paysans qui creusaient un puits en 1974 ont mis au jour l'une des trouvailles archéologiques majeures du siècle dernier. Les fosses de l'armée de terre cuite protègent depuis vingt-deux siècles le mausolée du premier empereur, Qin Shi Huang. Sous la halle immense de la fosse 1, les colonnes de fantassins émergent de la terre ocre, rang après rang ; chaque visage diffère de son voisin, et les archéologues continuent d'assembler les fragments dans un atelier ouvert aux regards. Les fosses 2 et 3 montrent chars, arbalétriers et état-major. On en ressort étrangement silencieux, comme au sortir d'une cathédrale.

Les remparts à vélo

Retour en ville, où l'enceinte des Ming encercle toujours le cœur ancien : près de quatorze kilomètres de murailles intactes, si larges qu'on y circule à vélo. Louer une bicyclette au sommet d'une porte transforme la promenade en tour de ville aérien, douves et toits gris d'un côté, immeubles modernes de l'autre. Au milieu du damier impérial, les tours de la Cloche et du Tambour se répondent depuis six siècles, illuminées le soir comme des lanternes posées sur la circulation.

Le quartier musulman

Derrière la tour du Tambour commence le quartier hui, où la communauté musulmane perpétue un négoce hérité de la route de la Soie, dont Chang'an fut le point de départ. Les ruelles embaument le cumin et la galette grillée ; on y étire sous vos yeux les nouilles biangbiang, larges comme des ceintures, et l'on y sert le yangroupao, une soupe d'agneau versée sur du pain émietté à la main, plat réconfortant des soirées du Nord. La Grande Mosquée se cache au fond d'une venelle : cours en enfilade, stèles anciennes et pavillons de bois composent un lieu de prière à l'architecture entièrement chinoise, fondé sous les Tang et unique en son genre.

La pagode de l'Oie sauvage

Au sud des remparts, la Grande pagode de l'Oie sauvage dresse ses étages de brique depuis l'époque Tang ; le moine Xuanzang y fit traduire les textes sacrés rapportés d'Inde après dix-sept années de route. Les esplanades qui l'entourent s'animent en soirée, quand les familles viennent marcher autour des fontaines et que la brique blonde s'éclaire doucement.

Repères pour l'escale

SiteDistance du centre de Xi'anAccès
Armée de terre cuiteUne quarantaine de kilomètresExcursion organisée
Remparts MingAu centreÀ pied, puis à vélo sur la muraille
Quartier musulman et sa mosquéeCœur ancienÀ pied
Pagode de l'Oie sauvageQuartier sudTaxi ou excursion

Puis vient l'heure de rejoindre l'aéroport ou la gare, direction le fleuve ou la maison. Dans le train qui file à travers la plaine de la Wei, beaucoup ressortent leurs photos de la fosse 1, comme pour vérifier que ces régiments silencieux existent bel et bien. Cette étape, la plus éloignée de l'eau de tout l'itinéraire, reste souvent celle dont on parle le plus au retour.