La montagne s'écarte d'un coup à la sortie de la gorge de Xiling, et le Yangzi, enfin libre, s'étale entre des berges basses : Yichang commence là. Presque toutes les croisières des Trois Gorges y prennent naissance ou s'y achèvent, si bien que cette ville du Hubei est devenue la plaque tournante du fleuve. Selon les compagnies, l'embarquement se fait aux quais du centre, à quelques pas de la promenade riveraine, ou à Maoping, une heure de route en amont, presque au pied du grand barrage ; des navettes relient les deux dans un ballet bien rodé. L'aéroport et les gares rapides mettent par ailleurs la ville à portée directe de Shanghai, de Xi'an ou de Wuhan, ce qui explique le va-et-vient constant de valises sur l'esplanade.
Une ville entre deux barrages
Peu d'endroits résument aussi bien l'histoire récente du fleuve. En amont veille le géant de Sandouping ; dans l'agglomération même, le barrage de Gezhouba, son aîné, fait franchir aux navires une vingtaine de mètres de dénivelé. Passer ses écluses au ras des portes d'acier constitue souvent la première ou la dernière émotion de la croisière, saluée depuis les berges par les promeneurs du soir qui photographient les coques blanches.
La promenade des riverains
Le long du centre, une esplanade ombragée suit le courant sur plusieurs kilomètres. On y observe la vie fluviale ordinaire : trains de barges, pêcheurs à la ligne, groupes de danse dès la fraîcheur venue, cerfs-volants au-dessus des saules. Cette agglomération moderne d'environ quatre millions d'habitants, rebâtie à grands traits, se livre mieux ici qu'ailleurs, dans ce va-et-vient tranquille entre l'eau et les tours d'habitation. En saison, les étals débordent d'oranges de navel, l'autre fierté régionale : les vergers plantés sur les pentes environnantes comptent parmi les plus productifs du pays, et les vendeuses en offrent volontiers un quartier à goûter.
La grotte des Trois Voyageurs
En périphérie ouest, une falaise percée domine le débouché de la gorge : la grotte de Sanyou doit son nom à un trio de poètes de l'époque Tang venus y graver leurs vers, imités plus tard par des lettrés Song, un père et ses deux fils. Pavillons, escaliers et inscriptions s'accrochent à la paroi, très haut au-dessus d'un méandre couleur de jade ; le site ménage l'un des plus beaux points de vue accessibles depuis la ville, à condition d'accepter quelques volées de marches. Les lettrés y montaient jadis chercher l'inspiration ; les visiteurs d'aujourd'hui y trouvent surtout le silence et la fraîcheur de la pierre.
La tribu des Trois Gorges
Entre les deux ouvrages, un vallon latéral de la gorge de Xiling abrite un site qui recrée la vie fluviale d'autrefois : maisons sur pilotis, sampans amarrés aux rochers, scènes de pêche et chants traditionnels présentés le long d'un ruisseau limpide. L'ensemble tient du théâtre en plein air, assurément, mais il conserve la mémoire d'un mode de vie que la montée des eaux a effacé, et le décor de falaises, lui, ne triche pas.
Repères pour l'escale
| Site | Distance du quai | Accès |
| Promenade riveraine | Face aux quais du centre | À pied |
| Grotte de Sanyou | Environ 10 km | Taxi ou excursion |
| Tribu des Trois Gorges | Dans la gorge de Xiling | Excursion en bateau ou par la route |
Qu'on y monte à bord ou qu'on y débarque, Yichang laisse le souvenir d'un seuil : derrière, la plaine et ses cultures à perte de vue ; devant, les parois où le courant s'engouffre. Beaucoup de passagers photographient une dernière fois le fleuve depuis l'esplanade, déjà un peu nostalgiques de la vie à bord, et se promettent de suivre un jour le Yangzi plus loin encore.