Un toit de tuiles jaunes en forme de casque de général brille au-dessus du lac Dongting : la tour de Yueyang justifie à elle seule l'arrêt des navires. Les longues croisières du Yangzi entre Chongqing et Shanghai font halte dans cette ville du Hunan postée à l'endroit précis où le deuxième plus grand lac d'eau douce de Chine se déverse dans le fleuve. Du pont, on voit se mêler les eaux, se croiser les convois de barges et s'ouvrir un horizon soudain immense ; l'amarrage se fait à quelques minutes de route du site historique.
La tour que toute la Chine récite
Bâtie à l'origine comme plateforme de revue navale à l'époque des Trois Royaumes, reconstruite au fil des dynasties, l'édifice actuel date du 19e siècle : trois étages de bois sombre dont la charpente tiendrait, dit-on, sans un seul clou. Sa gloire lui vient d'un texte de 1046, la « Note sur la tour de Yueyang » de Fan Zhongyan, que des générations d'écoliers ont appris par cœur ; sa phrase la plus célèbre invite à se soucier du monde avant de songer à son propre bonheur. Les visiteurs chinois murmurent les vers en gravissant les escaliers, et le panorama fait le reste : voiles et cargos posés sur une étendue qui se confond avec le ciel, brumes changeantes, îles à peine esquissées. Avec la Grue jaune de Wuhan et le pavillon du prince Teng, le monument forme le trio des grands belvédères poétiques du sud du pays, et c'est le seul dont la structure ancienne subsiste.
Autour des remparts
L'édifice s'appuie sur un tronçon d'anciens remparts au bord de l'eau ; en contrebas, une ruelle restaurée aligne maisons à auvents, échoppes de calligraphie et vendeurs de thé. On y goûte la cuisine du Hunan, généreuse en piments et en poissons du lac, avant de longer la rive où les barques se balancent mollement contre leurs amarres. Les théières circulent de table en table, et les commerçants prennent le temps de raconter la crue mémorable ou la pêche d'autrefois à qui montre un peu de curiosité.
Junshan, l'île au thé jaune
Au large se dessine l'île Junshan, un kilomètre carré de jardins de thé et de bosquets que l'on rejoint en bateau. Ses plants donnent les « aiguilles d'argent », un thé jaune parmi les plus rares du pays, jadis réservé à la cour impériale. Les bambous tachetés qui poussent sur l'île nourrissent une légende ancienne : les larmes de deux épouses pleurant l'empereur Shun en auraient marqué les tiges à jamais. L'excursion dépend du temps disponible et du niveau du lac ; renseignez-vous à bord avant d'y compter.
Le berceau des bateaux-dragons
La région revendique enfin l'origine d'une tradition connue jusque sur nos rivières : c'est dans la Miluo, au sud du lac, que le poète Qu Yuan se jeta par désespoir patriotique, et les courses de bateaux-dragons commémorent depuis les efforts des villageois partis à son secours. Yueyang entretient ce patrimoine avec ferveur ; les embarcations effilées appartiennent à l'imaginaire local autant que le vieux belvédère lui-même.
Repères pour l'escale
| Site | Distance du quai | Accès |
| Tour de Yueyang | Quelques minutes de route | Autocar d'excursion ou taxi |
| Ruelle restaurée du bord du lac | Au pied du monument | À pied |
| Île Junshan | Sur le lac Dongting | Bateau, selon les conditions |
En reprenant le fil du fleuve, beaucoup relisent la phrase de Fan Zhongyan traduite dans le dépliant du bord. Elle résume bien cette escale brève et dense : un plan d'eau démesuré, un monument qui a traversé les siècles, et l'idée toute simple, vieille de mille ans, qu'un paysage vaut aussi par ce qu'il inspire à ceux qui prennent le temps de le contempler.