Vingt minutes avant l'arrivée, les pics verts drapés de nuages remplissent déjà les hublots. Puis vient la ceinture de récif où l'océan se brise en ourlet blanc et, entre les deux, une terre que l'on parcourt tout entière en une heure de route : Rarotonga condense le Pacifique Sud en 32 kilomètres de littoral. Les navires jettent l'ancre au large de la côte nord et les annexes déposent les passagers au petit port d'Avatiu, à quelques minutes à pied du centre d'Avarua, la capitale des îles Cook.
Avarua, capitale sans prétention
Avarua ressemble davantage à un gros village qu'à une capitale : quelques rues bordées de commerces, des églises de corail blanchi à la chaux, des scooters qui circulent sans hâte. Le marché Punanga Nui, tout près du débarcadère, rassemble sculpteurs, cuisinières et musiciens; le samedi matin, tout le monde semble s'y donner rendez-vous autour des étals d'ika mata, le poisson cru au lait de coco, des paréos et des ukulélés fabriqués sur place. Les colliers de fleurs distribués à la descente des annexes ne relèvent pas du folklore commandé : on en offre ici pour toutes les occasions de la vie.
Le tour de l'île
Une seule route ceinture Rarotonga, et deux lignes d'autobus la parcourent, l'une dans le sens horaire, l'autre en sens inverse : difficile de se perdre. On peut aussi louer un scooter et s'arrêter au gré des plages, des échoppes de fruits et des points de vue. L'intérieur, montagneux et sauvage, se laisse entrevoir par des vallées plantées de taro; les marcheurs aguerris s'attaquent à la traversée par le sentier du pic Te Rua Manga, surnommé l'Aiguille, une randonnée exigeante réservée aux escales longues et aux jambes solides. En chemin, les étals de bord de route proposent papayes, bananes naines et noix de coco fraîchement ouvertes, avec une boîte pour la monnaie et personne pour surveiller : la confiance fait partie du paysage.
Le lagon de Muri
Sur la côte sud-est, à une quinzaine de minutes de route d'Avarua, le lagon de Muri déploie ses eaux peu profondes autour de quatre îlots. C'est l'endroit le plus couru de l'île pour la baignade et la plongée en apnée : les poissons abondent dans les zones protégées, et les kayaks transparents permettent d'observer les fonds sans se mouiller. Les excursions en bateau à fond de verre incluent souvent une démonstration d'ouverture de noix de coco et un festin de poisson grillé sur un motu, le tout ponctué de chansons au ukulélé par des guides à l'humour bien rodé.
Culture maorie des îles Cook
Le village culturel Te Vara Nui, près de Muri, initie les visiteurs aux traditions locales : navigation aux étoiles, danse, tressage, médecine des plantes. Les spectacles de tambours et de danse figurent parmi les plus réputés du Pacifique; si une représentation de jour coïncide avec l'escale, elle vaut amplement les quelques heures qu'on lui consacre. Les églises dominicales, où les hymnes s'élèvent en harmonies puissantes sous les chapeaux tressés des paroissiennes, racontent une autre facette de l'identité insulaire.
Bon à savoir
- Monnaie : le dollar néo-zélandais, complété de pièces locales prisées des collectionneurs.
- Les autobus passent environ toutes les demi-heures dans chaque sens.
- Le débarquement dépend de la houle : les jours agités, prévoir de la souplesse dans l'horaire.
Dernier tour d'horizon
Depuis l'annexe qui regagne le navire, l'île entière tient dans le regard : les pics embrumés, le vert des vallées, l'écume sur le récif. Rarotonga laisse ce sentiment rare d'un endroit à taille humaine, où la beauté n'a pas encore cédé au gigantisme. Beaucoup de passagers notent son nom pour un futur séjour prolongé; l'escale agit comme une promesse.