La forêt arrive ici jusqu'à la mer, sans transition ni compromis. Depuis le mouillage, Quepos apparaît comme une petite ville pressée entre les collines vertes et l'océan, avec les pontons de sa marina en premier plan. C'est la porte du parc national Manuel Antonio, l'un des plus aimés du Costa Rica, et cette proximité définit toute l'escale : rarement une journée de croisière aura permis d'approcher autant d'animaux sauvages en si peu de kilomètres.
Manuel Antonio, la nature à bout portant
Le parc se trouve à quelques kilomètres seulement du centre, une dizaine de minutes de route vers le sud. Derrière l'entrée, des sentiers plats et bien entretenus serpentent entre les grands arbres jusqu'à des plages en croissant considérées parmi les plus jolies du pays. Le peuplement animal fait la réputation des lieux : paresseux suspendus dans les cécropias, capucins effrontés, iguanes immobiles sur les troncs et, avec un peu de chance, le singe-écureuil d'Amérique centrale, espèce menacée dont le parc protège l'un des derniers refuges. Un guide muni d'une longue-vue transforme la marche : il repère en dix minutes ce que l'œil nu manquerait toute la journée. Venez tôt, la fraîcheur du matin garantit les meilleures observations et les sentiers tranquilles.
Quepos et sa marina
De retour vers la ville, la marina Pez Vela mérite qu'on s'y attarde : restaurants face aux pontons, boutiques et flottille de pêche sportive qui fait de Quepos l'une des capitales mondiales du poisson-voilier. Le centre-ville, quelques rues quadrillées entre le marché et le front de mer, vit à un rythme simple : sodas où le « casado » du midi rassasie les marcheurs, étals de fruits, boutiques d'artisanat. La ville servit jadis de port d'exportation pour la banane avant de se convertir au palmier à huile et au tourisme ; quelques bâtiments de bois de l'époque des compagnies résistent encore dans le quartier ancien, et les plantations de palmiers alignées à perte de vue le long des routes racontent la suite de cette reconversion agricole.
Entre mangrove et catamaran
Les autres sorties se partagent la journée. En bateau plat ou en kayak, l'estuaire de Damas se remonte au ras des palétuviers, royaume des hérons, des crabes et des singes capucins qui viennent parfois inspecter les embarcations. Les catamarans partent des pontons pour longer la côte protégée, mouiller dans une anse et laisser le temps d'une exploration au masque et tuba, dauphins fréquemment au rendez-vous. Les plus actifs choisiront les tyroliennes de la canopée ou la descente en eaux vives des rivières voisines, tandis que les amateurs d'agriculture visiteront une plantation où cacao, épices et fruits tropicaux se découvrent par la dégustation.
Quelques repères avant de descendre
Le parc limite le nombre d'entrées quotidiennes et exige des billets nominatifs achetés à l'avance : passer par une excursion organisée épargne cette logistique. Aucune nourriture ne franchit l'entrée, règle strictement appliquée pour protéger les animaux de la dépendance alimentaire. Prévoyez chaussures fermées, eau, maillot sous les vêtements et un œil constant sur vos effets : les capucins et les ratons crabiers ont fait de la fouille de sacs un art consommé. Les taxis rouges officiels stationnent près de la marina pour les trajets vers les sentiers de Manuel Antonio ; convenez du retour à l'avance avec le chauffeur.
Au moment où le navire s'éloigne, les collines de Manuel Antonio se fondent peu à peu dans la brume de chaleur. Il reste de cette journée des images d'une netteté rare : un paresseux qui tourne lentement la tête, une plage blonde vue à travers les troncs, un voilier de pêche qui rentre au port. Le Costa Rica tient ses promesses avec une constance déconcertante, et Quepos en est peut-être la démonstration la plus directe.