Le navire s'engage dans le canal de Vridi, mince passage entre l'Atlantique et la lagune Ébrié, et la skyline du Plateau surgit au-dessus de l'eau : tours de verre, silhouettes de béton des années soixante-dix, grues du plus grand complexe portuaire d'Afrique de l'Ouest. Abidjan ne ressemble à aucune autre escale de la région. C'est une métropole de plusieurs millions d'habitants, posée sur l'eau, bruyante, ambitieuse, et beaucoup plus attachante qu'on ne l'imagine depuis le pont.
Une arrivée au cœur d'un immense complexe portuaire
Les paquebots s'amarrent dans la zone industrielle, du côté de Treichville ou du canal de Vridi. Les environs immédiats du quai, entièrement voués aux conteneurs, ne se prêtent pas à la marche : navettes des compagnies, excursions organisées ou taxis négociés à l'avance constituent le vrai point de départ de la journée. Les ponts Houphouët-Boigny et De Gaulle mènent ensuite vers la rive nord, de l'autre côté de la lagune.
Le Plateau, vitrine moderne de la Côte d'Ivoire
Quartier des affaires et des ministères, le Plateau aligne ses tours au-dessus d'avenues plantées de flamboyants. On s'y arrête d'abord pour la cathédrale Saint-Paul, consacrée en 1985 : l'œuvre de l'architecte italien Aldo Spirito, bénie par le pape Jean-Paul II lui-même, dresse une silhouette audacieuse retenue par un pylône incliné en forme de croix, et abrite d'immenses verrières colorées qui racontent la vie ivoirienne, des scènes de pêche aux processions de fidèles. À quelques minutes de là, le Musée des Civilisations de Côte d'Ivoire rassemble masques, statuaires et tissus des peuples akan, sénoufo, dan ou baoulé — une excellente clé de lecture avant de plonger dans les marchés.
Marchés et quartiers, l'énergie d'Abidjan
De retour sur la rive sud, le marché de Treichville déborde de pagnes, d'épices et d'étals de poisson fumé; l'attiéké, semoule de manioc servie avec du poisson grillé, s'y goûte au milieu du brouhaha, et les maquis — ces restaurants populaires en plein air — servent alloco, brochettes et jus de gingembre jusque tard en soirée. Les visiteurs qui souhaitent une ambiance plus posée fileront vers Cocody, quartier des ambassades et des villas, dont les galeries d'art contemporain témoignent de la vitalité créative du pays; plusieurs se trouvent à quelques minutes des grands hôtels et se combinent aisément avec le reste du programme.
La forêt du Banco, une réserve en pleine métropole
Fait rare pour une capitale économique : un parc national commence presque au bord des échangeurs. La forêt du Banco, dans le district d'Attécoubé, protège une futaie tropicale dense sillonnée de sentiers et d'un arboretum. Une heure ou deux suffisent pour marcher sous les fromagers géants et entendre la métropole s'effacer derrière les feuillages.
Grand-Bassam, l'excursion classique
À une quarantaine de kilomètres à l'est, l'ancienne capitale coloniale de Grand-Bassam, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, aligne ses bâtiments du début du XXe siècle entre lagune et océan. Musée national du costume, vieilles factoreries, artisans du quartier France, puis une assiette de poisson braisé les pieds dans le sable : l'aller-retour occupe une demi-journée bien remplie et se combine sans peine avec les horaires d'escale habituels.
Au moment où le navire reprend le canal de Vridi, les tours du Plateau s'allument une à une au-dessus de la lagune. On repart avec le souvenir d'une métropole africaine sûre de son élan, où les affaires, les arts, la cuisine et la rue avancent au même rythme soutenu — et avec l'envie de suivre, de loin, la suite de son histoire.