Tout a changé en 1905, le jour où l'on a trouvé de l'eau. En forant dans la cour du château de Poděbrady, on mit au jour une source minérale gazeuse, riche en fer, au goût métallique prononcé. En quelques années, cette petite cité de l'Elbe, à une cinquantaine de kilomètres à l'est de Prague, devint l'une des villes thermales les plus courues de Bohême, spécialisée dans les soins du cœur. Les bateaux qui naviguent sur le fleuve, appelé ici Labe, déposent leurs passagers au pied d'une ville-jardin où tout invite à ralentir.
Le château d'un roi élu
Face à la rivière se dresse le château, lieu de naissance présumé de Georges de Poděbrady, personnage singulier de l'histoire tchèque : au XVe siècle, ce seigneur hussite fut porté au trône de Bohême par élection, sans dynastie ni couronne étrangère derrière lui. Les visiteurs accèdent à la cour et à une exposition qui retrace son règne et son projet, étonnamment moderne, d'une paix organisée entre princes européens. La silhouette du roi à cheval, en statue sur la place voisine, veille toujours sur les siens.
Le parc thermal et la colonnade
De là, quelques minutes de marche mènent au cœur battant de la station : un vaste parc où fleurissent des parterres dessinés au cordeau, traversé par les curistes en promenade. Il s'étend d'ailleurs entre la gare et le centre historique, si bien qu'on le traverse presque immanquablement. La colonnade Libenský, élevée en 1936 dans un style fonctionnaliste assumé, borde les pelouses; la fontaine de la source Boček coule à proximité, et chacun peut goûter l'eau de Poděbradka, que les Tchèques achètent en bouteille dans tout le pays. Son goût ferreux surprend d'abord, puis on y revient, ne serait-ce que pour dire qu'on a bu à la source. L'horloge florale, replantée au fil des saisons, sert de point de rendez-vous depuis des générations.
La place et ses maisons anciennes
Le centre historique, protégé dans son ensemble, s'articule autour d'une place bordée de maisons Renaissance et baroques aux façades soignées. L'ancien hôtel de ville du XVIe siècle abrite aujourd'hui la bibliothèque municipale, bel exemple de reconversion discrète. Les rues alentour alignent cafés, glaciers et boutiques sans tapage; l'atmosphère demeure celle d'une ville d'eaux d'autrefois, où l'on venait autant pour se soigner que pour se montrer un peu.
Deux curiosités pour prolonger
- Le musée des Légendes du cinéma, installé au cœur de la station, expose accessoires, maquettes et costumes qui raviront les amateurs du grand écran tchèque et international.
- Des excursions en bateau partent vers la voisine Nymburk, ou remontent le fleuve jusqu'au confluent de l'Elbe et de la Cidlina, pour voir la campagne de Bohême défiler entre les saules.
L'art de prendre les eaux
Poděbrady ne se visite pas tant qu'elle se pratique. S'asseoir sur un banc du parc avec un gobelet d'eau minérale, regarder passer les curistes, traverser le pont pour voir le château se refléter dans le Labe : voilà le programme véritable, et il remplit une escale mieux qu'une liste de monuments. Les kiosques du parc accueillent régulièrement des concerts, héritage direct de la grande époque thermale.
En redescendant vers le fleuve
Le bateau attend en contrebas des jardins, sur la rive où tout a commencé bien avant les sources. On repart apaisé, ce qui, pour une station cardiaque, ressemble à une promesse tenue. Et l'on comprend pourquoi Prague, si proche, n'a jamais fait d'ombre à Poděbrady : la capitale éblouit, la ville d'eaux répare.