La Terre, en ce coin du monde, se déchire au ralenti. Djibouti occupe l'un des points de rencontre de trois plaques tectoniques, et ce grand écartèlement a semé le pays de volcans, de lacs salés et de plaines de basalte noir. La capitale, posée entre le golfe d'Aden et le désert, sert de base aux navires qui relient la mer Rouge à l'océan Indien. L'escale vaut moins pour la ville elle-même que pour les paysages presque irréels qui commencent à sa porte.
Une escale entre deux mondes
Les navires accostent dans le port de commerce, l'un des plus actifs de la Corne de l'Afrique, à courte distance du centre. Le trajet se fait en taxi ou en autocar nolisé. La ville, née comme terminus du chemin de fer d'Éthiopie, mêle héritage colonial français, quartiers populaires animés et présence militaire internationale : le français et l'arabe s'affichent sur les devantures, l'appel du muezzin croise le klaxon des minibus, et la chaleur impose son tempo dès le matin.
Le lac Assal, plus bas point d'Afrique
L'excursion phare conduit au lac Assal, à environ deux heures de route vers l'ouest. À 155 mètres sous le niveau de la mer, c'est le point le plus bas du continent africain, et l'un des plans d'eau les plus salés de la planète, davantage encore que la mer Morte. Le spectacle tient de l'hallucination : une nappe turquoise cernée d'une banquise de sel éclatante, sur fond de volcans sombres. On marche sur la croûte blanche, on rapporte quelques cristaux, on comprend pourquoi les caravanes afars viennent ici récolter le sel depuis des siècles.
La route du Grand Rift
Le trajet lui-même vaut le déplacement. La route longe le golfe de Goubet, échancrure encaissée aux eaux profondes, puis traverse des champs de lave où les coulées de 1978 dessinent encore leurs vagues figées. Les guides expliquent la mécanique du rift, ce fossé d'effondrement où l'Afrique et l'Arabie s'éloignent l'une de l'autre de quelques centimètres par siècle. Rarement une leçon de géologie aura disposé d'un aussi grand théâtre.
Repères de l'escale
| Repère | Détail |
| Accostage | Port de commerce, près du centre-ville |
| Excursion phare | Lac Assal, environ deux heures de route |
| Au large | Île Moucha et récifs coralliens pour la baignade |
| Saison | D'octobre à avril, chaleur plus supportable |
Requins-baleines et récifs coralliens
Les eaux djiboutiennes réservent une autre rencontre hors norme : durant les mois d'hiver, de jeunes requins-baleines viennent se nourrir dans les eaux du golfe de Tadjoura, et des sorties en bateau permettent de nager, masque au visage, près du plus grand poisson du monde, inoffensif mangeur de plancton. Le reste de l'année, l'île Moucha et ses récifs offrent une belle parenthèse de sable et de coraux à courte distance de la capitale.
En ville, avant de rembarquer
De retour d'excursion, il reste souvent une heure pour flâner du côté de la place du 27-Juin, bordée d'arcades blanchies, ou dans les allées du marché central où se négocient épices, étoffes et branches de khat. Un thé à la cardamome en terrasse, quelques mots de français échangés avec un commerçant, et le voyageur mesure la singularité de ce petit pays stratégique, veilleur du détroit de Bab el-Mandeb. Les minarets de la mosquée Hamoudi, la plus ancienne de la capitale, dominent les toits du quartier ancien et servent de repère commode aux promeneurs.
Au moment d'appareiller, les montagnes arides s'embrasent dans le couchant, et chacun garde en tête la même image : ce lac impossible, blanc et turquoise, enfoncé dans le creuset du rift. Djibouti ne cherche pas à plaire; elle stupéfie, et cette franchise minérale reste gravée bien après que la côte s'est effacée.