Une aiguille de lave dressée au bord d'une baie turquoise : Pinnacle Rock est sans doute l'image la plus photographiée des Galápagos, et c'est à Bartolomé qu'elle vous attend. Ce petit îlot volcanique, voisin immédiat de l'île Santiago, concentre en quelques centaines de mètres ce que l'archipel fait de plus spectaculaire : un paysage de cratères presque lunaire, une plage claire et des eaux où l'on peut croiser, fait unique sous ces latitudes, un manchot en train de pêcher. Les navires d'expédition mouillent au large, et les zodiacs déposent les visiteurs au débarcadère, otaries curieuses en escorte plus souvent qu'autrement.
L'escalier vers le sommet
Du débarcadère part un sentier de caillebotis construit pour protéger les sols fragiles : 372 marches de bois qui gravissent le flanc du volcan en une quarantaine de minutes, pauses comprises. Le rythme est libre, les guides ménagent des arrêts, et la difficulté reste raisonnable pour quiconque marche régulièrement. La montée traverse un monde minéral où presque rien ne pousse, hormis quelques cactus pionniers et des buissons gris accrochés aux scories ; le bois des marches craque sous les semelles, le vent siffle, et les couleurs passent du noir au rouille à mesure que l'on s'élève. Des tubes de lave effondrés et des cônes de scories jalonnent la pente, vestiges d'éruptions relativement récentes à l'échelle géologique, et chaque palier découvre un peu plus la géographie de l'archipel. Le guide naturaliste, obligatoire ici comme partout aux Galápagos, lit ce paysage comme un livre ouvert sur la naissance des îles, et son récit transforme chaque cratère en chapitre.
Le panorama des dix îles
Au sommet, la récompense dépasse la promesse : la baie dessine ses deux croissants clairs de part et d'autre d'un isthme étroit couvert de végétation rase, Pinnacle Rock pointe vers le ciel, et l'île Santiago étale ses coulées de lave noire juste en face. Par temps clair, on distingue plus de dix îles autour de l'horizon. C'est l'un des points de vue les plus célèbres du Pacifique oriental, et l'on comprend vite pourquoi les photographes s'y attardent jusqu'à la dernière minute accordée par le programme. Le vent, la lumière crue et l'odeur minérale du basalte achèvent de graver la scène.
Nager avec les manchots
Redescendu au niveau de la mer, l'îlot réserve sa seconde surprise : une colonie de manchots des Galápagos, la deuxième plus petite espèce de manchot au monde, niche dans les grottes derrière Pinnacle Rock. En apnée depuis la plage, on les voit filer sous l'eau comme des torpilles entre les poissons-perroquets, les otaries joueuses et, souvent, une tortue de mer placide qui broute sans se soucier des visiteurs. Requins à pointes blanches, inoffensifs, et raies aux ailes ondulantes complètent régulièrement le tableau, dans une eau dont la clarté, selon la saison, surprend même les plongeurs les plus aguerris. La plage se prête à la baignade quand les conditions le permettent, et le spectacle continue jusque dans un mètre d'eau.
Repères d'escale
- Débarquement en zodiac, sentier unique en caillebotis
- 372 marches jusqu'au belvédère, environ 40 minutes de montée
- Belvédère sur l'isthme et l'île Santiago
- Apnée avec manchots, otaries et tortues selon les conditions
- Guide naturaliste obligatoire, sentiers balisés à respecter
Un caillou gravé dans la mémoire
Bartolomé se parcourt en une demi-journée et s'imprime pour longtemps. Peu d'endroits au monde rassemblent ainsi, sur un territoire aussi réduit, la violence géologique et la douceur animale : un volcan à peine refroidi en guise de belvédère, des manchots équatoriaux en guise de comité d'accueil. Quand le zodiac reprend la mer, chacun se retourne vers l'aiguille de lave qui rétrécit dans le sillage, déjà occupé à se demander ce que la prochaine île peut bien réserver.