La légende veut que Francis Drake ait caché un butin d'argent sur cette petite terre sèche au large de l'Équateur; d'autres jurent que son nom vient des reflets métalliques que lui donnent la lune ou le guano. Les naturalistes, eux, ont tranché avec un surnom : les « Galápagos du continent ». L'île de la Plata concentre en effet, à une heure et demie de bateau de la côte, une partie des oiseaux qui ont fait la gloire de l'archipel lointain, sans les distances ni les formalités. Pour les navires de petite taille qui longent le littoral équatorien, l'arrêt s'impose comme une parenthèse sauvage entre deux ports.
Un caillou protégé du parc Machalilla
Le site appartient au parc national Machalilla, qui veille sur l'un des derniers lambeaux de forêt sèche du littoral équatorien. Le débarquement se fait sur une petite anse, et la suite obéit aux règles du parc : sentiers en boucle, groupes accompagnés d'un guide, aucune collecte, aucun écart. Le relief est franc, le soleil aussi; les boucles demandent une à trois heures de marche selon l'itinéraire choisi, sur des crêtes d'où la vue plonge sur un Pacifique d'un bleu profond. Les guides du parc connaissent chaque nid et chaque saison; leurs explications transforment une randonnée en cours de biologie à ciel ouvert, sans jamais en avoir le ton.
Les fous à pattes bleues, à un mètre du sentier
Ici, les nids se trouvent au bord du chemin, parfois dessus. Les fous à pattes bleues couvent en regardant passer les marcheurs, les mâles lèvent leurs pattes turquoise dans leur danse d'équilibriste, les poussins duveteux réclament sans gêne. Selon la saison s'ajoutent les frégates, gorge rouge gonflée comme un ballon, et les fous de Nazca installés sur les falaises. Une trentaine d'espèces d'oiseaux fréquentent ce territoire minuscule : les photographes n'ont jamais à forcer l'approche, c'est l'île qui s'approche d'eux.
Sous la surface
Après la marche, masque et tuba. Les eaux qui bordent l'île abritent poissons de récif, tortues vertes et, avec de la chance, une raie manta glissant comme une ombre. L'eau reste plus fraîche que dans les Caraïbes, la visibilité varie avec la houle, mais peu d'endroits permettent d'enchaîner ainsi falaises à oiseaux et jardin sous-marin dans la même demi-journée. Quelques otaries fréquentent aussi les rochers du rivage, clin d'œil supplémentaire à l'archipel dont ce promontoire est le modeste cousin.
Les baleines, de juin à octobre
Pendant l'hiver austral, les baleines à bosse remontent des eaux antarctiques pour mettre bas le long de cette côte. La traversée devient alors observation : souffles au loin, nageoires levées, parfois un saut complet qui arrache un cri à tout le bateau. Les capitaines coupent alors le moteur, et l'attente elle-même devient une partie du plaisir. Les opérateurs de la région annoncent des observations quasi garanties au cœur de la saison, et la réalité leur donne le plus souvent raison. Puerto López, le port de départ, vit d'ailleurs au rythme de cette migration : fresques de cétacés sur les murs, barques bleues tirées sur la grève, frégates en patrouille au-dessus du marché aux poissons.
À glisser dans le sac
- Chapeau, eau en quantité et bonnes chaussures : l'ombre est rare et les sentiers caillouteux.
- Le débarquement peut mouiller les pieds; sandales de marche ou chaussures amphibies bienvenues.
- Mal de mer : prévoir le nécessaire, la traversée peut secouer selon la houle.
Plus tard, tandis que la silhouette pâle s'efface derrière le sillage, chacun refait ses comptes : des pattes turquoise, une gorge écarlate, peut-être une queue de baleine dressée contre l'horizon. Le trésor de Drake court toujours; celui des voyageurs, lui, est déjà dans l'appareil photo.