Amarna Egypt

Il y a trois mille ans, un pharaon a voulu effacer les dieux de ses pères et bâtir, en plein désert, une capitale pour un dieu unique : le disque solaire. La ville s'appelait Akhetaton, l'horizon d'Aton. Elle n'a vécu qu'une quinzaine d'années. Ce qu'il en reste s'étend aujourd'hui sur la rive est du Nil, dans le gouvernorat de Minya, sous le nom de Tell el-Amarna, et les unités fluviales qui descendent le fleuve entre Le Caire et Louxor s'y arrêtent pour une visite que peu de voyageurs peuvent raconter.

Le rêve d'Akhenaton

Vers 1346 avant notre ère, Amenhotep IV prend le nom d'Akhenaton et quitte Thèbes avec sa cour, son administration et son épouse Néfertiti. Sur ce site vierge, encadré par un arc de falaises, il fait tracer des avenues, élever des temples à ciel ouvert et construire des palais de brique. À sa mort, la cour repart, la cité est démantelée et son nom martelé. Ce rejet a paradoxalement servi les archéologues : la ville n'a jamais été reconstruite, et son plan demeure lisible dans le sable.

Ce que l'on parcourt aujourd'hui

Depuis la berge, des véhicules conduisent les passagers à travers la cité disparue, trop vaste pour être arpenté entièrement à pied. On longe les fondations du grand temple d'Aton, conçu sans toiture pour laisser entrer la lumière, puis les restes des quartiers résidentiels où vécurent scribes, artisans et dignitaires. C'est dans l'atelier du sculpteur Thoutmès que fut retrouvé, en 1912, le buste de Néfertiti devenu l'un des visages les plus connus de l'Antiquité. Les guides savent faire surgir la capitale évanouie de ces alignements de briques, et l'imagination fait le reste.

Les tombes des falaises

Le moment le plus fort de la halte se joue en hauteur. Creusées dans les falaises au nord du site, les tombes des dignitaires conservent des reliefs d'un style unique dans l'art égyptien : le pharaon et Néfertiti y apparaissent sous les rayons d'Aton, chaque rayon se terminant par une petite main tendue vers la famille royale. Les scènes montrent des jardins, des offrandes, des chars lancés dans les avenues. Quelques marches raides mènent aux entrées, et la lumière du matin entre parfois jusqu'aux parois sculptées.

Les bornes du serment

Aux limites du site, des stèles-frontières taillées à même le roc marquent encore le périmètre voulu par le pharaon : il y jura de ne jamais étendre sa cité au-delà de ces bornes, et les inscriptions se lisent toujours, usées par trois millénaires de vent. Le paysage, lui, n'a pratiquement pas changé depuis, et cette permanence donne à la halte une intensité singulière : le désert que l'on contemple est celui-là même que fixait la cour royale.

Préparer la halte

RepèreDétail
SituationRive est du Nil, gouvernorat de Minya, entre Le Caire et Louxor
AccèsAmarrage sur la berge, puis transfert en véhicule à travers le site
À voir en prioritéTombes nord et vestiges du grand temple d'Aton
ConditionsTerrain sablonneux, marches vers les tombes; chapeau et eau indispensables
Repère historiqueCapitale d'Akhenaton et de Néfertiti, occupée une quinzaine d'années seulement

Amarna ne ressemble à aucune autre halte du Nil. Ni colonnes triomphantes ni temples restaurés : une plaine nue, des falaises percées de sépultures et l'empreinte d'une idée qui n'a pas survécu à son inventeur. En regagnant le bord, beaucoup de passagers se surprennent à repenser à ce pharaon qui voulut réinventer le monde, et dont le soleil éclaire encore les murs qu'il a laissés.