Les Estoniens aiment dire que le temps ralentit sur Saaremaa. Genévriers, moulins à vent, murets de pierre sèche et routes presque vides : la plus grande île du pays cultive une douceur rurale que la Baltique semble protéger. Selon la taille du navire, on accoste au quai en eau profonde de la baie de Küdema, sur la côte nord, ou l'on mouille au large de Kuressaare, la capitale insulaire, rejointe en annexe. Dans les deux cas, l'île se laisse approcher sans hâte. D'une côte à l'autre, une heure de route à peine : l'île entière tient dans une journée d'escale, à condition de choisir ses envies.
Kuressaare et sa forteresse des évêques
Au bord de l'eau, à l'extrémité sud de la petite capitale, le château épiscopal dresse ses murs de dolomie gris pâle au milieu de douves et de bastions de terre. Fondé au XIIIe siècle puis rebâti au XIVe, il passe pour le château médiéval le mieux conservé des pays baltes. À l'intérieur, le musée de Saaremaa déroule l'histoire mouvementée de l'île, des évêques germaniques aux occupations du XXe siècle; du chemin de ronde, la vue porte sur la mer et les toits de la ville.
Une petite capitale thermale
Autour de la place de l'hôtel de ville, bâtiment baroque du XVIIe siècle gardé par des lions de pierre, la cité aligne demeures basses, cafés et boutiques d'artisanat. La tradition des bains, née au XIXe siècle avec les boues marines, se poursuit dans les hôtels thermaux du front de mer. Entre deux visites, on goûte le pain noir de l'île, dense et légèrement sucré, ou une bière artisanale locale : Saaremaa se déguste autant qu'elle se visite.
Kaali, la cicatrice du ciel
À une vingtaine de kilomètres de Kuressaare, un lac parfaitement rond repose au fond d'un cratère boisé : Kaali, creusé par la chute d'une météorite il y a des millénaires. On le présente comme l'un des premiers cratères d'impact formellement identifiés en Europe. Le site, entouré de légendes — certains y voient la tombe du soleil des anciens —, se parcourt en une demi-heure, et son petit musée explique la pluie de feu qui marqua l'île.
Moulins d'Angla et falaises du nord
Sur la route qui traverse l'île, la colline d'Angla aligne cinq moulins à vent de bois, derniers témoins d'un paysage qui en comptait des centaines. Plus au nord, la falaise de Panga tombe d'une vingtaine de mètres dans la mer, plus haute paroi calcaire de l'ouest estonien; les navires amarrés à Küdema en sont tout proches. Entre les deux, fermes, junipéraies et églises médiévales défilent derrière les vitres de l'autocar comme les pages d'un livre d'images.
Repères pratiques
- Grands navires : quai de Saaremaa (baie de Küdema), excursions en autocar vers Kuressaare, au sud de l'île.
- Navires de plus petite taille : mouillage devant la capitale insulaire et transfert en annexe.
- Château, vieille cité et front de mer : tout se fait à pied une fois sur place.
- Monnaie : euro. Boutiques d'artisanat : laine, genévrier sculpté, pain noir à rapporter.
L'île qu'on quitte doucement
Au moment de reprendre la mer, les moulins et les clochers s'estompent derrière les rideaux de genévriers. Saaremaa ne cherche pas à éblouir : elle apaise. On emporte le calme de ses routes, la rondeur étrange du cratère de Kaali et la silhouette massive de la forteresse au bord de l'eau — assez de raisons, déjà, pour rêver d'un retour au temps des longues journées d'été.