La couleur frappe avant tout le reste. Au mouillage devant Dravuni, l'eau décline tous les bleus possibles, du turquoise pâle des hauts-fonds à l'outremer profond du lagon. L'île elle-même tient dans le regard : deux kilomètres de collines vertes ourlées de sable clair, posées à la pointe nord de la grande barrière d'Astrolabe, dans la province fidjienne de Kadavu. Aucune installation portuaire ici — les annexes du navire déposent les passagers directement près de la plage, après une dizaine de minutes de trajet.
Un village, pas une station balnéaire
Moins de 200 personnes vivent à Dravuni, regroupées dans un unique hameau d'allées sablonneuses, entre église, école et maisons ouvertes aux alizés. L'école accueille parfois les groupes pour un chant de bienvenue, et la petite église méthodiste, entretenue avec un soin visible, dit la place de la foi dans la vie insulaire. Il n'y a ni hôtel, ni route, ni boutique au sens habituel. Les jours de bateau, les familles installent des tables sous les manguiers : colliers de coquillages, paréos, noix de coco fraîches à boire. Les enfants lancent des « bula ! » sonores — le bonjour fidjien — et l'accueil donne le ton de la journée. On se trouve chez les gens, et cette simplicité fait tout le prix de l'endroit.
L'une des plus grandes barrières de corail au monde
Le récif d'Astrolabe, qui enserre le lagon de Kadavu, compte parmi les plus vastes barrières coralliennes de la planète. Depuis la plage, masque et tuba suffisent : à quelques brasses du bord, les patates de corail grouillent de poissons-papillons, de demoiselles bleu électrique et de bénitiers aux lèvres irisées. L'eau, chaude et limpide, offre des conditions idéales aux nageurs de tous niveaux. Selon les navires, des sorties encadrées mènent vers des sites plus profonds, au-delà du platier, où tombants et jardins de corail se succèdent. Ceux qui préfèrent rester au sec marchent le long du rivage, où les cocotiers se penchent au-dessus du sable.
Le sentier du sommet
Pour prendre la mesure du lieu, un sentier grimpe vers le point culminant de l'île. La montée, courte mais franche sous le soleil, mène au point culminant; on part tôt, avant la grande chaleur, en emportant de l'eau. Là-haut, la récompense coupe la parole : le lagon s'étale en dégradés immenses, les îlots voisins flottent sur l'horizon et le navire, au mouillage, semble un jouet posé sur un miroir. C'est la photographie que tout le monde rapporte de Dravuni — et elle ne rend jamais tout à fait justice à la réalité.
La cérémonie du kava
Selon les jours, les aînés convient les voyageurs à une cérémonie de yaqona, le kava fidjien. La racine pilée, mêlée à l'eau dans un grand bol de bois, donne une boisson terreuse au léger effet engourdissant. Le rituel a ses codes : une claque des mains, un « bula », la coupe de coco vidée d'un trait, puis trois claques pour remercier. Y prendre part, même timidement, c'est toucher au cœur de l'hospitalité des îles Fidji.
Conseils pour la journée
- Débarquement en annexe, sur la plage ou au petit débarcadère.
- Apporter crème solaire, chapeau et chaussures d'eau; les services sur place restent minimes.
- Prévoir un peu d'argent comptant pour l'artisanat des familles.
- Une épaule couverte est appréciée dans le village et près de l'église.
Quand les annexes ramènent les derniers passagers, les chants d'adieu accompagnent souvent la manœuvre depuis la plage. Dravuni ne se raconte pas avec des monuments : elle laisse une poignée d'images — un lagon démesuré, un sommet balayé de vent, des sourires — et l'envie très nette de croire que le Pacifique, quelque part entre deux immensités bleues, a bel et bien gardé quelques secrets intacts.