La pluie fait partie du personnage à Suva. Elle nourrit les collines d'un vert profond, fait luire les trottoirs du centre et donne à la capitale fidjienne son atmosphère à la fois tropicale et studieuse. Les navires accostent au quai Kings, en plein cœur de la ville : dix minutes de marche suffisent pour rejoindre les artères commerçantes. Ici, pas de station balnéaire aseptisée, mais une vraie capitale du Pacifique Sud, avec ses ministères, son université, ses marchés et sa vie quotidienne bien remplie.
Le marché municipal, ventre de la ville
À cinq minutes du quai, le marché municipal déborde de racines de taro, d'ananas, de piments, de poissons du lagon et de montagnes de kava, cette racine poivrée dont les Fidjiens tirent leur boisson cérémonielle. Les étals se succèdent sur deux niveaux dans un joyeux vacarme de négociations et de rires. Les vendeuses offrent volontiers une tranche d'ananas à goûter, et il serait bien difficile de refuser. C'est le meilleur endroit pour sentir battre le pouls de la ville et croiser la diversité fidjienne : Mélanésiens, Indo-Fidjiens, Chinois et insulaires de tout le Pacifique s'y côtoient depuis des générations.
Le musée des Fidji et les jardins Thurston
Une quinzaine de minutes de marche mène aux jardins Thurston, écrin de verdure où trône le musée des Fidji. Ses collections couvrent 3 700 ans d'histoire insulaire : grandes pirogues doubles capables de traverser des mers entières, massues de guerre, poteries lapita, souvenirs poignants de l'époque des premiers missionnaires. Prévoyez une bonne heure pour en faire le tour sans vous presser. Le bâtiment reste modeste, mais son contenu vaut largement l'arrêt : rares sont les collections de la région aussi riches. Les jardins alentour, plantés de palmiers et de flamboyants, invitent ensuite à une pause ombragée.
Une capitale au charme colonial
Suva a conservé de la période britannique un ensemble d'édifices administratifs et de demeures à véranda. Face au parc Albert, où les Fidjiens disputent leurs parties de rugby dès la fin de l'après-midi, les bâtiments gouvernementaux alignent leurs façades solennelles. Le Grand Pacific Hotel, institution centenaire restaurée, rappelle l'époque des paquebots à vapeur. La promenade du front de mer longe la baie jusqu'aux quartiers résidentiels, offrant des vues dégagées sur les montagnes de Viti Levu. Les arrêts d'autobus colorés et les étals de noix de coco ponctuent le trajet, au rythme des averses et des éclaircies.
Repères pour l'escale
| Repère | Ce qu'il faut savoir |
| Accostage | Quai Kings, à une dizaine de minutes à pied du cœur de la capitale |
| À pied | Marché, boutiques, musée des Fidji et jardins Thurston accessibles en marchant |
| Météo | Averses fréquentes toute l'année; parapluie ou imperméable recommandé |
| Monnaie | Dollar fidjien; nombreux guichets automatiques au centre |
Le sourire fidjien
On vient aux Fidji pour les lagons, on s'attache à Suva pour ses habitants. Le fameux « Bula! » lancé à tout venant n'a rien d'un folklore pour touristes : il accompagne chaque échange, du marchand de mangues au chauffeur d'autobus. Les boutiques d'artisanat du centre proposent tanoa de bois sculpté, tapa décoré et colliers de coquillages. Prenez le temps d'une conversation : les Fidjiens comptent parmi les peuples les plus accueillants du Pacifique, et ils aiment raconter leur île.
Quand le navire largue les amarres
Au départ, la cité s'éloigne doucement derrière le rideau de pluie ou dans une trouée de soleil, selon l'humeur du ciel. Les collines referment leur amphithéâtre vert sur les toits de tôle et les clochers. Suva n'aura montré ni plage ni cocoteraie de brochure, et c'est précisément sa valeur : elle offre au voyageur une rencontre avec le Pacifique réel, celui qui travaille, étudie et chante le dimanche. Les lagons attendront la prochaine île; ici, ce sont les gens qu'on emporte.