Le cinéma est né avec un train entrant en gare, et cette gare se trouve ici. C'est à La Ciotat que les frères Lumière ont tourné en 1895 leur film le plus fameux, « L'Arrivée d'un train en gare de La Ciotat », dans la petite station qui dessert toujours la commune. Entre Marseille et Cassis, cette ancienne cité de chantiers navals cultive un double héritage d'images et d'acier, au pied de falaises parmi les plus hautes du littoral méditerranéen.
Du mouillage au vieux bassin
Les navires mouillent dans la baie et les chaloupes déposent les passagers à quelques minutes du centre. Le vieux bassin, où se serrent barquettes de pêche et voiliers, déploie ses façades ocre et roses derrière une rangée de terrasses. On y prend le pouls du lieu en longeant les étals, les cafés et les placettes du quartier ancien, dont les ruelles débouchent tour à tour sur l'eau ou sur les collines. Le matin, le marché ajoute ses parfums d'herbes et de fruits mûrs à l'air salin. Les barquettes de bois aux couleurs vives, fierté des pêcheurs locaux, tiennent la vedette dans le bassin comme sur les photos des visiteurs.
L'Eden, doyen des cinémas du monde
Sur le front de mer, une façade abrite une salle entrée au livre Guinness des records : l'Eden-Théâtre, le plus ancien cinéma en activité de la planète. Les frères Lumière y ont présenté leurs vues animées aux spectateurs payants des débuts du cinématographe, et la salle projette encore des films aujourd'hui. Pousser sa porte ou simplement contempler sa façade, c'est saluer le lieu où le septième art a fait ses premiers pas publics hors de Paris. Des projections et des visites y sont proposées selon le calendrier culturel de la salle.
Le parc du Mugel et l'île Verte
En contournant les chantiers navals, dont les grues rappellent que l'on a construit ici des navires pendant des générations, on atteint le parc du Mugel. Ses allées grimpent entre une végétation aussi variée qu'abondante, bambous, figuiers et essences méditerranéennes, jusqu'à un belvédère qui embrasse la baie, les toits et l'île Verte posée juste au large. L'ensemble compose l'une des promenades les plus agréables de la côte provençale, à moins d'une demi-heure de marche du centre ancien, et l'entrée n'y coûte rien.
Falaises et calanques
À l'ouest, le littoral s'élève d'un coup : le cap Canaille culmine à 394 mètres, ce qui en fait l'une des plus hautes falaises maritimes d'Europe. La route des Crêtes, qui serpente à son sommet vers Cassis, aligne les points de vue vertigineux sur la Méditerranée. Les calanques voisines, criques profondes taillées dans la roche claire, se rejoignent selon le cas à pied, en voiture ou en excursion maritime. Même aperçu depuis le pont du navire, ce mur de pierre qui tombe dans la mer reste dans les mémoires.
Repères pratiques
- Débarquement en chaloupe; centre-ville à une dizaine de minutes à pied.
- Eden-Théâtre : sur le boulevard du front de mer, à quelques minutes du vieux bassin.
- Parc du Mugel : environ 25 minutes de marche depuis le centre, entrée libre.
- Route des Crêtes et calanques : en taxi, en excursion organisée ou en bateau selon l'offre du jour.
- Marseille et Cassis se trouvent à courte distance pour les envies d'ailleurs.
Il y a quelque chose de juste à quitter La Ciotat par la mer, comme un plan final au ralenti : le berceau des vues animées regarde partir les navires depuis plus d'un siècle. Sur le pont, on se surprend à cadrer le cap Canaille entre ses deux mains, en réalisateur d'un jour. Le cinéma, décidément, s'attrape ici comme un accent.