Lagny-sur-Marne France

À moins d'une heure de navigation des portes de Paris, la Marne dessine une boucle paresseuse et la silhouette d'une abbatiale gothique se reflète dans l'eau. Lagny-sur-Marne apparaît ainsi aux voyageurs fluviaux : une ville francilienne née autour d'une abbaye fondée en 648 par saint Fursy, et qui cultive depuis treize siècles l'art de vivre au bord de sa rivière. La halte fluviale se trouve à quelques pas du centre ancien ; il suffit de franchir le quai pour entrer dans l'histoire. Aménagée à deux pas des commerces, elle offre d'avril à octobre quelques anneaux d'amarrage aux plaisanciers de passage, signe d'une cité qui a toujours accueilli les gens de rivière.

Des berges au centre ancien

Les premiers instants appartiennent aux bords de l'eau. Pêcheurs, promeneurs et rameurs se partagent les berges ombragées, et l'on comprend vite pourquoi les Franciliens viennent y chercher un air de campagne aux portes de la capitale. En remontant vers les rues commerçantes, le tissu ancien se resserre : placettes, façades patinées, enseignes de bouchers et de fromagers, terrasses de cafés où l'on refait le monde. Tout se parcourt aisément à pied, sans dénivelé, et chaque rue semble converger vers le monument majeur du lieu.

L'abbatiale Notre-Dame-des-Ardents

Ancienne église de l'abbaye Saint-Pierre, l'abbatiale Notre-Dame-des-Ardents-et-Saint-Pierre fut élevée au XIIIe siècle dans le style gothique champenois. L'ensemble ne fut jamais achevé, et c'est précisément ce qui le rend émouvant : le chœur déploie une hauteur d'allure cathédrale, tandis que les pierres laissent deviner le projet interrompu. À l'intérieur, vitraux et dalles funéraires méritent qu'on s'y attarde, dans une lumière qui change au fil des heures. Le lieu garde aussi la mémoire de Jeanne d'Arc : en 1430, lors de son passage ici, on lui attribua la résurrection d'un enfant, un fait retenu des siècles plus tard dans son procès de canonisation. L'entrée est libre, et l'édifice voisine avec l'hôtel de ville sur une petite place où il fait bon s'asseoir à l'ombre.

La rivière comme fil conducteur

Le plaisir de cette escale tient beaucoup à l'eau elle-même. D'avril à octobre, des croisières commentées partent de Lagny et remontent le courant vers les écluses de Chalifert, entre îles boisées et coteaux résidentiels. Le passage d'une écluse, avec sa lente montée des eaux et ses portes qui grincent, amuse toujours les passagers. Une navette fluviale relie aussi Neuilly-sur-Marne à Lagny, en longeant des sites naturels comme le parc de la Haute-Île, refuge d'oiseaux aux allures de marais sauvage. Depuis le pont, on observe les guinguettes et les clubs d'aviron qui perpétuent la tradition des dimanches au bord de l'eau, celle-là même que peignaient les impressionnistes.

Prendre le temps

L'après-midi se prête à la flânerie. On choisit une terrasse près de l'abbatiale, on goûte une pâtisserie, on regarde la vie locale suivre son cours : élèves qui sortent de classe, aînés qui jouent aux cartes, cloches qui sonnent les quarts d'heure. Les amateurs de marche prolongent la promenade sur les berges aménagées, où les hérons se tiennent immobiles entre deux péniches amarrées, pendant que les avirons du club nautique fendent le courant dans un bruit régulier de pagaies. Rien ne presse : la cité vit au rythme de sa rivière, et le voyageur adopte ce tempo sans même s'en rendre compte.

Quand le bateau reprend son chemin vers l'amont ou vers Paris, les tours inachevées de l'église s'éloignent doucement derrière les arbres. Il reste de Lagny-sur-Marne une impression de douceur francilienne, faite d'eau calme, de pierre blonde et de conversations de quai. On se surprend à envier ceux qui, chaque matin, traversent le pont avec cette vue pour horizon.