Entre août et octobre, il arrive qu'on entende les baleines avant de mouiller l'ancre : les baleines à bosse viennent mettre bas dans les eaux calmes de Rurutu, et leur souffle ponctue l'approche comme un signal de bienvenue. Les îles Australes, l'archipel le plus méridional de la Polynésie française, restent à l'écart des circuits classiques; seuls quelques navires, dont des cargos mixtes, s'aventurent à 600 kilomètres au sud de Tahiti. Ceux qui font le voyage touchent une Polynésie d'avant le tourisme. Faute de quai adapté partout, le débarquement se fait d'ailleurs souvent en barge ou en baleinière, pendant que les équipages déchargent farine, ciment et courrier : l'escale est aussi un ravitaillement, et ce ballet fait partie du spectacle.
Rurutu, l'île aux falaises
Contrairement à ses voisines, Rurutu est un ancien atoll soulevé : ses falaises de calcaire percées de grottes ceinturent un intérieur volcanique couvert de jungle. Les habitants guident volontiers les visiteurs dans les cavernes aux concrétions spectaculaires qui servaient autrefois d'abris et de sépultures. L'île est aussi réputée dans toute la Polynésie pour son artisanat de tressage : chapeaux, paniers et nattes de pandanus occupent les mains des tresseuses, qui travaillent souvent en groupe, dans les rires et les chants. Le dimanche, les églises chaulées résonnent de himene, ces polyphonies puissantes que l'archipel cultive avec fierté.
Raivavae et son lagon
Plus au sud-est, Raivavae passe auprès de bien des navigateurs pour l'une des plus belles îles du Pacifique : un lagon turquoise semé de 28 motu ceinture la montagne verte, dans une géométrie qui rappelle Bora Bora sans les hôtels. On y voit un tiki de pierre au sourire énigmatique, des marae de corail dressé et des pirogues cousues selon la tradition. La baignade sur le motu principal, entre eaux tièdes et sable blanc, compte parmi les moments suspendus de tout itinéraire austral.
Tubuai et le souvenir de la Bounty
Tubuai, chef-lieu de l'archipel, cache dans ses champs de taro un épisode fameux : les mutins de la Bounty tentèrent de s'y établir en 1789 et y élevèrent le fort George, dont il subsiste l'emplacement face au lagon. L'île, plate et fertile, se parcourt à vélo entre cultures maraîchères, églises chantantes et plages désertes. Les baleines fréquentent aussi ses passes en saison.
Rimatara et les plus discrètes
Sur la minuscule Rimatara vit le lori de Kuhl, un perroquet rouge et vert d'une rareté extrême, que l'on guette dans les cocoteraies. Quant à Rapa, la plus australe et la plus isolée, sans aéroport, elle ne reçoit que quelques navires par année : ses habitants accueillent alors chaque passager comme un invité personnel. Sur ses crêtes se dressent les restes de villages fortifiés anciens, témoins d'une société insulaire qui se disputait les vallées; leur silhouette au-dessus des baies compte parmi les images fortes du Pacifique Sud.
| Île | Signature de l'escale |
| Rurutu | Grottes calcaires, tressage, baleines en saison |
| Raivavae | Lagon aux 28 motu, tiki souriant |
| Tubuai | Fort George et vélo entre les cultures |
| Rimatara | Lori de Kuhl et villages fleuris |
| Rapa | Isolement extrême, accueil mémorable |
Le climat, nettement plus frais que celui de Tahiti, donne par ailleurs aux Australes des allures de grand jardin : taro, café, letchis et fleurs y poussent à hauteur d'homme, dans un air qui sent la terre mouillée plutôt que la crème solaire. C'est peut-être l'image qui reste le mieux : des îles potagères et chantantes, où la mer regorge de vie et où personne n'est pressé de vous vendre quoi que ce soit. En reprenant la route du nord, on se surprend à espérer que rien n'y change trop vite.