Vu du large, Fakarava se devine à peine : une ligne de cocotiers posée sur l'horizon, si basse que le lagon semble flotter au-dessus de la mer. Puis le navire franchit la passe et la couleur change d'un coup. Le deuxième plus grand atoll de Polynésie française enferme une lagune d'environ 60 kilomètres de long, classée réserve de biosphère par l'UNESCO avec les atolls voisins. Ici, pas de sommets ni de vallées : tout se joue entre le ciel, le corail et l'eau.
Rotoava, un village au bord de la passe
Les navires mouillent à l'intérieur de l'anneau et les annexes déposent les passagers au petit quai de Rotoava, le bourg principal. Tout se fait à pied ou à vélo, et des locations attendent justement à quelques pas du débarcadère. La route de corail broyé longe l'eau, bordée de maisons fleuries, d'églises et de snacks où l'on sert le poisson cru au lait de coco. L'église Saint-Jean-de-la-Croix, bâtie en pierre de corail, témoigne du passé missionnaire de l'archipel des Tuamotu.
Le phare de Topaka
En pédalant vers le nord, une silhouette étonnante se détache des cocoteraies : le phare de Topaka, une tour de pierre en forme de pyramide à degrés qui compte parmi les plus hautes constructions des Tuamotu. Sa forme trapue, unique en Polynésie, en a fait un repère pour les navigateurs et un but de balade idéal. Le trajet depuis le quai se fait sans difficulté et révèle, côté océan, une côte plus sauvage battue par la houle.
Un lagon célèbre chez les plongeurs
Fakarava doit sa réputation mondiale à ses deux passes. Au nord, Garuae est la plus large de Polynésie française; au sud, Tumakohua attire les plongeurs pour ses rassemblements de requins gris de récif. Les centres de plongée de Rotoava organisent des sorties adaptées aux horaires des navires, mais nul besoin de bouteilles pour profiter de l'eau : le tuba suffit à observer poissons-papillons, bénitiers et requins à pointe noire inoffensifs dans les zones peu profondes du lagon.
Perles et savoir-faire
L'atoll vit aussi de la perliculture. Plusieurs fermes perlières proposent une visite : on y suit la greffe des huîtres, l'élevage sur les cordages immergés et le tri des perles noires aux reflets verts ou aubergine. Les bijoux vendus sur place proviennent directement des eaux que l'on aperçoit derrière le comptoir, ce qui donne à l'achat une valeur particulière. Les artisans du bourg travaillent également la nacre et le pandanus tressé.
Prenez aussi le temps de ne rien faire. La vie de l'atoll suit le rythme des marées et des livraisons de la goélette qui ravitaille les Tuamotu; les habitants saluent les cyclistes de passage, les enfants plongent du quai après l'école. Cette lenteur n'est pas un décor pour visiteurs : c'est le mode de vie réel d'une communauté d'environ 800 personnes, éparpillée sur un mince anneau au milieu du Pacifique.
Les sables roses, plus loin dans le lagon
À l'extrémité sud, des bancs de sable mêlé de débris de corail prennent une teinte rosée qui a rendu l'endroit fameux. La distance impose toutefois une excursion en bateau organisée; renseignez-vous à bord ou au quai dès l'arrivée, car les places partent vite. Ceux qui restent près de Rotoava ne perdent pas au change : les plages du nord offrent la même eau translucide, avec l'ombre des cocotiers en prime.
La journée s'achève souvent par un dernier tour de vélo, une noix de coco fraîche à la main, avant de reprendre l'annexe. En regardant l'atoll s'amincir derrière le sillage, on mesure ce qui rend les Tuamotu singulières : presque rien ne dépasse de l'eau, et pourtant on en repart avec des images plein la tête, du bleu surtout, de toutes les nuances possibles.