Vu du pont, Rangiroa se résume à un trait de cocotiers posé sur l'océan. Nul sommet, nulle vallée : rien qu'un anneau de corail refermé sur un lagon si vaste que l'île de Tahiti tout entière pourrait y tenir, et dont on ne voit jamais l'autre rive. Les navires mouillent près des passes du nord et débarquent leurs passagers en annexe, généralement du côté d'Avatoru ou de la passe de Tiputa, là où se concentre la vie des quelque deux villages de l'atoll.
Deux bleus qui se disputent l'horizon
La première impression tient à la couleur. Côté océan, un bleu profond, presque marine, frappé par la houle; côté intérieur, une palette de turquoise et de jade qui change avec la course du soleil. Entre les deux, une bande de terre large de quelques centaines de mètres à peine, plantée de cocotiers et semée de maisons basses aux toits de tôle peinte. On la parcourt à vélo ou à pied, salué par les habitants qui vivent au rythme des marées et des rotations du bateau de ravitaillement.
La passe de Tiputa et ses dauphins
Deux fois par jour, l'océan et le plan d'eau intérieur échangent leurs masses par les passes, créant des courants puissants qui attirent une vie marine exceptionnelle. La passe de Tiputa est célèbre pour ses grands dauphins résidents, qui viennent jouer dans les remous et sauter dans le sillage des embarcations, au point d'être devenus les vedettes du village voisin. Depuis le belvédère aménagé au bord du chenal, on les observe parfois à l'œil nu, aileron après aileron. Les plongeurs viennent du monde entier pour dériver dans ce courant au milieu des requins gris, des raies et des bancs de barracudas.
Palmes, masque et tuba
Nul besoin d'être plongeur certifié pour goûter au spectacle. Les sorties de plongée en apnée dérivante font glisser les nageurs au-dessus des jardins sous-marins, portés par le courant comme par un tapis roulant, dans une eau d'une clarté que peu d'endroits au monde peuvent offrir. Les excursions à la journée mènent aussi au Lagon Bleu, une piscine naturelle enclose dans le récif à environ une heure de bateau, où des bébés requins à pointes noires patrouillent dans trente centimètres d'eau cristalline; le pique-nique se prend ensuite à l'ombre des cocotiers, pieds dans le sable.
La perle et la vigne
Les fermes perlières des environs d'Avatoru ouvrent leurs pontons aux visiteurs : on y suit la greffe des huîtres et la récolte des perles noires aux reflets d'aubergine. Curiosité plus inattendue, l'atoll abrite un vignoble planté sur le corail, dont les vignes poussent entre lagon et cocoteraie; ses blancs se dégustent dans quelques tables locales. Les églises des villages, coquettes avec leurs parements de corail blanchi, méritent aussi un coup d'œil en chemin, tout comme les séchoirs à coprah qui embaument la noix de coco le long de la route : la vie de l'atoll s'organise encore largement autour du cocotier, de la pêche et de la perliculture, et les habitants en parlent volontiers à qui s'arrête.
L'escale en pratique
- Débarquement en annexe; prévoir chapeau, eau et protection solaire, l'ombre est rare.
- Les excursions lagon partent tôt : réserver à bord dès que possible.
- Vélos et scooters se louent près des quais d'Avatoru, argent comptant apprécié.
Refermer l'anneau
L'annexe finit par reprendre le chemin du navire, et les dauphins de Tiputa offrent souvent une dernière escorte. Rangiroa ne se visite pas comme une ville : l'atoll s'éprouve, dans le sel, le vent et l'éblouissement des bleus. On en repart avec la sensation d'avoir flotté quelques heures sur le toit d'un monde sous-marin dont on n'a fait qu'entrouvrir la porte.