Des aiguilles de basalte hautes de plusieurs centaines de mètres, souvent coiffées d'un turban de nuages : la silhouette d'Ua Pou ne ressemble à aucune autre dans le Pacifique. Ces pitons, qui ont donné son nom à l'île, « les deux piliers » en marquisien, culminent au mont Oave, plus haut sommet des Marquises avec ses 1 203 m. Les voyageurs guettent depuis le pont le moment où les nuages consentent à se déchirer; quand la lumière frappe les colonnes de pierre, le spectacle vaut à lui seul la traversée depuis Nuku Hiva, à une cinquantaine de kilomètres au nord.
Arriver à Hakahau
L'escale se déroule à Hakahau, le village principal, blotti dans une baie protégée par une digue. Selon le navire et l'état de la mer, on accoste directement au môle, comme le fait l'Aranui, ou l'on débarque en baleinière, à la manière des anciens schooners. Dans les deux cas, l'arrivée plonge d'emblée dans la vie marquisienne : enfants sur la plage, pirogues à balancier tirées au sec, parfums de fleurs de tiaré et de feux de coprah. Tout se parcourt à pied, entre la mairie, le quai et les frangipaniers.
Un village de sculpteurs et de chanteurs
Hakahau passe pour l'un des berceaux du renouveau culturel marquisien, et cela se voit. L'église Saint-Étienne mérite le détour pour sa chaire monumentale sculptée en forme de proue de pirogue, chef-d'œuvre des artisans locaux dans lequel le bois semble encore naviguer. Les ateliers et le centre artisanal exposent tikis, casse-têtes et parures, mais aussi une pierre que l'on ne trouve presque nulle part ailleurs : la pierre fleurie, une roche volcanique constellée de motifs en forme de fleurs, que les sculpteurs polissent en pendentifs et en galets décoratifs. Lors des passages de l'Aranui, les habitants offrent souvent danses, tambours et chants polyphoniques, suivis d'un repas marquisien cuit au four enterré.
La croix et la plage d'Anahoa
Pour prendre la mesure du paysage, un sentier grimpe en une quarantaine de minutes vers une croix plantée au-dessus de la baie. De là-haut, le regard embrasse le village, les toits de tôle rouge, la digue, le navire à l'ancre et, par temps dégagé, la ligne déchiquetée des pitons. De l'autre côté de la crête, la plage d'Anahoa étire son sable clair sous les cocotiers, idéale pour qui veut terminer la marche par une baignade; le sable y garde souvent les seules traces de pas de la journée. Les moins sportifs se contenteront du front de mer de Hakahau, où les vagues déposent parfois des surfeurs locaux.
La vallée et ses vergers
Autour du bourg, les vallées regorgent d'arbres fruitiers : manguiers, arbres à pain, citronniers, bananiers, dont les fruits s'échangent au retour des bateaux. Les excursions en 4x4 proposées lors des escales mènent vers les hameaux voisins et les points de vue de la côte, où chaque virage recompose le duel entre les pitons et l'océan. En chemin, les guides racontent les légendes des piliers rocheux, demeures des dieux dans la tradition locale, et montrent les paepae, ces terrasses anciennes sur lesquelles s'élevaient les maisons d'autrefois.
Repères pour l'escale
| Site | Distance du quai | Accès |
| Église Saint-Étienne | Au cœur du bourg | À pied |
| Centre artisanal | Près du front de mer | Quelques pas |
| Croix panoramique | Sentier au-dessus de la baie | Marche d'environ 40 minutes |
| Plage d'Anahoa | De l'autre côté de la crête | Marche ou véhicule |
Au moment du départ, les pitons jouent une dernière fois à cache-cache avec les nuages, et les chants entendus dans l'après-midi trottent encore dans les têtes. Ua Pou laisse ce mélange rare : la puissance d'un décor vertical et la douceur d'un village qui chante. Beaucoup de croisiéristes classent cette halte parmi leurs plus beaux souvenirs des Marquises, et il suffit d'y avoir passé quelques heures pour comprendre pourquoi.