Il existe deux Tahiti : la grande, celle de Papeete, de ses boulevards et de ses marchés, et la petite, Tahiti Iti, la presqu'île restée fidèle aux villages de pêcheurs et aux vallées sans routes. Vairao appartient à la seconde. Les navires qui s'y arrêtent mouillent dans l'un des plus vastes lagons de l'île, protégé par une longue barrière de récif, puis déposent leurs passagers en canot au quai du village. L'escale, encore récente dans les itinéraires polynésiens, offre un visage de Tahiti que la plupart des croisiéristes ne soupçonnent pas.
Un lagon comme un miroir
Premier constat en posant pied à terre : le calme. Le lagon de Vairao s'étend comme une nappe turquoise entre la montagne et le récif, ponctué de pirogues à balancier et de cabanes sur pilotis. On vit ici de la pêche, de la vanille et du taro, à une heure de voiture et à un monde de distance de la capitale. Les montagnes de la presqu'île, souvent accrochées de nuages, plongent directement dans la végétation; aucun immeuble, aucune enseigne criarde, seulement des jardins débordants d'hibiscus le long de la route de ceinture.
Teahupoo, la vague au bout de la route
Une dizaine de kilomètres vers le sud mènent à Teahupoo, village minuscule dont le nom résonne pourtant dans le monde entier. Au large de son récif se lève l'une des vagues les plus célèbres et les plus redoutées de la planète, un tube d'une puissance légendaire que les surfeurs viennent défier de tous les continents. Depuis le rivage, on devine surtout l'écume au loin : pour voir la vague de près, il faut embarquer avec l'un des bateaux-taxis locaux qui s'approchent de la passe quand la houle s'y prête. Même sans houle, la sortie vaut le déplacement pour la beauté du lagon et le spectacle des montagnes vues de la mer.
Le Fenua Aihere, la côte sans route
Au-delà de Teahupoo, la route s'arrête net. Commence alors le Fenua Aihere, « le pays de la brousse », un littoral accessible uniquement en bateau où quelques familles vivent entre cocoteraies, cascades et baies profondes. Les excursions lagonaires poussent souvent jusqu'à la grotte de Vaipoiri, une caverne ouverte au fond d'une anse, tapissée de fougères et alimentée par une eau douce et fraîche. Ce bout du monde à vingt minutes d'esquif du quai constitue sans doute le souvenir le plus fort de l'escale : une Polynésie d'avant les routes, silencieuse et intacte. Les guides, souvent nés sur place, connaissent chaque maison et chaque passe de ce littoral par leur nom.
Vanille et saveurs du Sud
De retour près du quai, les gourmands trouveront de quoi occuper la fin de journée. On y cultive une vanille réputée, que quelques producteurs font visiter, et une ferme perlière locale présente la greffe des huîtres à perles noires. Les roulottes et petits casse-croûte en bordure de chemin servent poisson cru au lait de coco, thon grillé et jus de fruits pressés du jardin. On mange face au lagon, les pieds dans le sable ou presque, au rythme des scooters qui passent en saluant tout le monde.
Repères pour l'escale
| Site | Distance du quai | Accès |
| Village de Vairao | Sur place | À pied |
| Teahupoo | Une dizaine de kilomètres | Véhicule ou excursion |
| Vague et Fenua Aihere | Passé le dernier village | Bateau-taxi ou excursion lagonaire |
| Grotte de Vaipoiri | Extrémité sud de la presqu'île | Bateau |
Quand le navire relève l'ancre, la presqu'île s'éloigne doucement, avec ses crêtes embrumées et son récif souligné d'écume. Beaucoup de passagers repartent avec le sentiment d'avoir vu la vraie Tahiti, celle que chantent les habitants de Papeete quand ils parlent du « fenua » de leur enfance. Vairao ne cherche à impressionner personne; c'est précisément ce qui la rend difficile à oublier.